Après quelques mois difficiles, Justin Trudeau se détache d’Andrew Scheer : il ferait le meilleur premier ministre, représenterait le mieux le Canada dans le monde et mènerait le combat le plus efficace contre les changements climatiques. Le chef conservateur, lui, a un léger avantage sur le plan de l’économie. Deuxième volet sur trois d’un sondage Ipsos mené pour le compte de La Presse et du réseau Global News.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Justin Trudeau a redoré son blason à temps pour la campagne électorale. À la mi-août, seulement 30 % des participants à un sondage Ipsos disaient de lui qu’il ferait le meilleur premier ministre. Un mois plus tard, ils étaient 37 % à jeter leur dévolu sur lui. Pendant la même période, le score de son principal rival, Andrew Scheer, a fléchi, passant de 32 % à 30 % pour le même indicateur.

« Ce n’est pas une baisse qui est statistiquement significative. Le vrai changement, c’est du côté de Justin Trudeau, où les choses se sont améliorées ; il tire son parti vers le haut si l’on compare aux intentions de vote alors que pour Andrew Scheer, c’est l’inverse », constate Sébastien Dallaire, directeur général d’Ipsos.

Les attaques libérales dirigées vers Andrew Scheer et certains de ses candidats sur des enjeux comme le mariage gai et l’avortement ont possiblement « fini par avoir un certain effet », estime Frédéric Boily, professeur de science politique à l’Université de l’Alberta. « On laisse entendre qu’il a un agenda caché ou qu’il tolère certains éléments au sein de son parti », argue-t-il.

Mais celle qui a perdu le plus de terrain dans cette catégorie est Elizabeth May : elle a chuté de 21 % à 14 % pendant la période visée par le coup de sonde. « C’est peut-être lié au fait que le début de campagne a été plus difficile par rapport à l’élan qu’ils avaient il y a un certain temps, alors qu’ils avaient le vent dans les voiles. L’enjeu de l’avortement a été un problème pour elle aussi », suggère M. Dallaire.

Congestion au sommet en matière d’environnement

Côté environnement, c’est clairement avantage Trudeau. Celui qui a implanté la taxe sur le carbone tout en achetant un pipeline est considéré par 26 % des participants comme le chef qui mènera la lutte contre les changements climatiques, comparativement à 15 % pour son rival Scheer. Le chef libéral est aussi loin devant Jagmeet Singh (9 %), qui fait pourtant de cet enjeu un thème central, et étonnamment, il est à égalité avec sa rivale du Parti vert du Canada, Elizabeth May, qui récolte 25 %. « Je me serais attendue à ce qu’elle soit plus haute. Elle aurait dû être plus haute, et finalement, elle est au même niveau que Justin Trudeau », souligne Geneviève Tellier, professeure d’études politiques à l’Université d’Ottawa.

Sur le plan de l’économie, difficile de dire à qui la palme est décernée, sauf en ce qui a trait à l’aptitude à s’attaquer au déficit. Andrew Scheer, qui a promis un retour à l’encre noire dans un horizon de cinq ans, l’emporte aisément sur Justin Trudeau (33 % à 22 %). Il le devance aussi, bien que légèrement, sur des enjeux comme la vie abordable (25 % à 22 %). « Il n’est pas nécessairement en avance, mais c’est clairement sur ces questions qu’Andrew Scheer performe le mieux », précise M. Dallaire.

Préférence pour un gouvernement majoritaire

On le sait, la course est serrée, et les Canadiens pourraient se réveiller le 22 octobre avec un gouvernement minoritaire. Cela irait à l’encontre de la préférence de 64 % des personnes interrogées, qui voudraient plutôt un gouvernement majoritaire aux commandes à Ottawa.

Et si Justin Trudeau ne réussissait pas à remporter une deuxième majorité, il devrait céder les rênes du parti, selon 57 % des participants au sondage. Quant à Andrew Scheer et à Jagmeet Singh, s’ils ne gagnent pas, ils devraient aussi tirer leur révérence, ont répondu 55 % et 49 % des gens, respectivement.

Les électeurs libéraux seraient tout de même assez indulgents si Justin Trudeau s’inclinait. Seulement 29 % d’entre eux ont dit qu’il devrait alors démissionner. « C’est lui qui a fait le rebranding du parti, alors on lui doit ça », fait valoir la professeure Tellier.

En revanche, du côté des conservateurs, 43 % voudraient voir Andrew Scheer partir en cas de défaite électorale. « Les attentes envers lui semblent plus élevées. Les partisans conservateurs veulent vraiment remporter cette élection-là et vont être beaucoup plus déçus de leur chef si ça n’arrive pas », relève Sébastien Dallaire.

L’Inde et SNC, oubliés ?

La personne la plus compétente pour représenter le Canada dans le monde ? C’est Justin Trudeau, ont répondu 35 % des personnes interrogées. Son rival conservateur a obtenu la faveur de 27 % des participants. Aucun des autres chefs n’atteint la barre des 10 %, et 19 % ont répondu « aucun » à la question soumise par Ipsos. « Il y a eu le fameux voyage en Inde, mais il y a aussi eu de bons coups pour Justin Trudeau. Il a été aussi présenté ici et ailleurs comme étant un peu l’anti-Trump. Ça aide son image », commente Sébastien Dallaire.

« Le voyage en Inde semble être chose du passé, de la même façon que l’affaire SNC-Lavalin », remarque le professeur Boily. À ce sujet, un élément de l’enquête pourrait avoir l’heur de déplaire aux conservateurs, qui ont tapé sur ce clou pendant des mois et qui ont démarré la campagne là-dessus : Justin Trudeau et Andrew Scheer sont à égalité statistique (24 % et 23 %, respectivement) sur la question de l’éthique. « SNC-Lavalin, c’est un peu de l’histoire ancienne, ça s’est estompé – une excellente nouvelle pour M. Trudeau, mais une très mauvaise nouvelle pour M. Scheer », affirme Mme Tellier.

Aucune de ces réponses

« Aucun des chefs ». Le choix s’est avéré populaire lorsqu’est venu le temps de trancher qui, des leaders en lice, dépenserait l’argent des contribuables de façon judicieuse (31 %), ferait en sorte que la vie soit moins chère (29 %), s’attaquerait au déficit (27 %), formerait un gouvernement ouvert, responsable et éthique (25 %) et lutterait contre les changements climatiques (22 %).

« Ça revient sur beaucoup des thèmes ; peut-être parce qu’on est en début de campagne et que les candidats ne sont pas encore tous très bien connus », note Sébastien Dallaire. Aux yeux du professeur Boily, cela démontre que rien n’est encore gagné pour Justin Trudeau. « On aurait pu s’attendre à ce que ce soit marqué pour Trudeau. »

Méthodologie

Le sondage Ipsos a été réalisé du 11 au 13 septembre auprès de 2562 Canadiens âgés de 18 ans et plus. De ce nombre, 2062 entrevues ont été réalisées par le truchement d’un panel internet et 500 par téléphone. L’intervalle de crédibilité est de plus ou moins 2,2 %, 19 fois sur 20.