Plus de deux mois après avoir demandé l’autorisation d’entrer au Canada pour une tournée du Québec sur le thème de l’indépendantisme, l’ex-président de la Catalogne Carles Puigdemont n’a toujours pas obtenu le feu vert du gouvernement fédéral.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

« Manifestement, les autorités canadiennes sont de mauvaise foi dans ce dossier », lance l’avocat spécialisé en immigration Stéphane Handfield, qui représente le politicien catalan.

M. Puigdemont avait été pressenti à l’automne dernier par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour venir parler du référendum de 2017 sur l’indépendance de la Catalogne.

Comme les voyageurs de la quasi-totalité des pays européens, il avait seulement besoin d’une autorisation de voyage électronique (AVE) pour s’envoler pour le Canada.

Pour obtenir une AVE, un voyageur doit aller sur le site du gouvernement canadien, répondre à quelques questions (on lui demande notamment s’il a déjà été accusé d’un crime), puis payer la modique somme de 7 $. L’affaire se règle en quelques minutes.

La première tentative de l’ancien président de la Catalogne a toutefois échoué parce qu’il avait fait affaire avec une firme de consultants en immigration de Barcelone qui l’avait escroqué et avait bâclé sa demande. Il n’avait donc pas pu fournir à temps toutes les informations demandées par les autorités canadiennes.

Accusations criminelles en Espagne

Le 3 mai dernier, avec l’aide de son avocat canadien, M. Puigdemont a refait une demande d’AVE en bonne et due forme. À la demande des autorités fédérales, il a fourni près de 400 pages de documentation additionnelle afin d’expliquer sa situation.

C’est que le fait d’être accusé au criminel dans un pays étranger peut avoir une incidence sur la délivrance d’une AVE par le Canada. M. Puigdemont, qui vit actuellement en exil en Belgique, fait face à des accusations criminelles en Espagne pour avoir participé au référendum catalan, déclaré illégal par Madrid. Le Canada voulait des détails sur cette affaire.

Mais même si les fonctionnaires canadiens ont toute la documentation en main, rien ne semble bouger. La demande est à l’étude depuis plus de 80 jours.

L’obtention d’une AVE pour un Européen prend pourtant moins d’une journée habituellement.

« Dans la majorité des cas, les demandeurs recevront une confirmation en quelques minutes. Cependant, le traitement de certaines demandes peut prendre quelques jours », précise le gouvernement canadien sur son site web.

« Ça fait plus de deux mois que la demande est déposée. Il n’y a aucune raison qui justifie un tel délai. Il faut qu’ils tranchent, ils ne peuvent pas laisser traîner le dossier indéfiniment alors que généralement les demandes sont traitées dans les 24 heures ! », s’insurge Me Handfield.

Parfois plus long

Un porte-parole d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Rémi Larivière, a affirmé à La Presse que le gouvernement ne pouvait commenter le cas précis d’une personne sans son consentement écrit.

M. Puigdemont n’a jamais fourni ce consentement, ce qui limite la capacité du gouvernement à s’expliquer.

« Nous pouvons cependant vous dire que bien que la grande majorité des AVE sont approuvées en quelques minutes, certaines demandes peuvent toutefois prendre plus de temps à traiter si des renseignements supplémentaires sont nécessaires », a souligné le porte-parole.