En guerre contre un programme de formation accélérée pour les grutiers, les syndiqués de la FTQ-Construction réclament l’intervention du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui avait qualifié de «dérive» cette nouvelle formation alors qu’il était dans l’opposition.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Le programme, mis en place sous le règne libéral, mais entériné par le gouvernement Legault en mai dernier, permet à des grutiers d’apprendre le métier sur les chantiers avec un compagnon après une formation préparatoire de 120 heures et 150 heures de pratique supervisée.  

Les grutiers s’opposent vigoureusement à cette formation accélérée, qu’ils jugent dangereuse par rapport au Diplôme d’études professionnelles (DEP) comptant 870 heures de formation qui est en place depuis les années 90.   

Alors qu’il était dans l’opposition en avril 2018, le député caquiste Jean-François Roberge avait lui-même qualifié cette formation accélérée de «dérive». «On forme des gens dans une vision très utilitariste», avait-il lancé au ministre de l’époque, Sébastien Proulx, à qui il reprochait de ne pas valoriser la formation professionnelle.  

«Comment se fait-il que, maintenant que c’est lui le ministre de l’Éducation et de la Formation professionnelle, M. Roberge ne dénonce plus cette formation au rabais?», demande Evans Dupuis, directeur du syndicat des grutiers de la FTQ-Construction (section locale 791-G).

Appelé à réagir, le bureau du ministre Roberge n’a pas voulu faire de commentaire, nous renvoyant plutôt au cabinet du ministre du Travail, Jean Boulet. Ironiquement, alors qu’il était lui-même dans l’opposition, M. Roberge disait qu’il trouvait «très inquiétant» que le ministre Sébastien Proulx se «défile» en disant que la décision d’autoriser cette formation accélérée relevait du ministère du Travail, et que le dossier n’était pas sous sa responsabilité.  

Une dizaine de représentants syndicaux de différents corps de métiers se sont joints aux grutiers ce midi pour dénoncer la décision du gouvernement Legault d’entériner la formation. «Ils augmentent les risques de façon considérable sur les chantiers. On ne me fera pas croire qu’un gars qui a eu une formation bidon est aussi efficace en haut de sa tour qu’un autre qui a eu 870 heures de formation», affirme François Patry, président de la Fraternité nationale des charpentiers-menuisiers.   

Le syndicat des grutiers dit qu’il entamera au cours des prochains jours une tournée de ses membres pour les sonder sur la suite des choses. Une première rencontre a eu lieu à Montréal mardi. C’est ce même syndicat qui avait bloqué l’été dernier plusieurs chantiers de construction, lors d’une grève illégale, pour protester contre cette formation accélérée.