(Québec) Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, s’est attiré les critiques de l’opposition, vendredi, pour avoir publié un tweet dans lequel il se targue d’avoir discuté de l’accès à l’éducation avec la récipiendaire du Prix Nobel de la Paix, Malala Yousefzai. Cette militante n’aurait pas le droit d’enseigner au Québec parce qu’elle porte un voile.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

M. Roberge a partagé une photo le montrant en compagnie de la militante de 21 ans, qui a été rendue célèbre pour son combat pour le droit des filles d’aller à l’école. Elle a tenu tête aux Talibans dans son Pakistan natal. Elle a survécu à une tentative d’assassinat, ce qui l’a forcé à s’exiler.

En 2014, elle est devenue la plus jeune lauréate du prix Nobel de la paix de l’histoire.

Dans son message, M. Roberge précise qu’il a discuté «d’accès à l’éducation et de développement international» avec la militante. La rencontre a eu lieu à Paris en lien avec des activités du G7 en août.

Plusieurs internautes ont promptement souligné que Mme Yousefzai porte un voile sur la photo, et qu’il lui serait donc interdit d’enseigner au Québec. La loi sur la laïcité, adoptée sous bâillon en fin de session parlementaire, interdit en effet le port de signes religieux à des fonctionnaires en poste d’autorité comme les procureurs de la couronne, les juges, les policiers et les agents correctionnels.

Les partis de l’opposition ont eux aussi dénoncé le message du ministre.

La députée du Parti libéral, Hélène David, dénonce le ton «presque arrogant» du tweet du ministre. Selon elle, la pièce législative du gouvernement de la Coalition avenir Québec risque de priver des jeunes femmes d’accéder à des professions, justement le combat que mène Malala Yousefzai.

«Ça va restreindre beaucoup d’accès à des métiers que Malala elle-même ne pourrait pas exercer parce qu’elle porte le voile, a déploré Mme David. Plusieurs jeunes filles comme elle, qui auraient pu vouloir devenir policières, enseignantes ou procureures de la couronne, elles ne pourront accéder à ces professions.»

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a pour sa part souligné l’ironie de voir le ministre de l’Éducation poser avec une militante voilée. Il a souligné que «le vêtement qu’elle porte représente aux yeux de la CAQ une forme de prosélytisme islamique».

Questionné sur la photo vendredi avant-midi, le ministre qui a porté le projet de loi sur la laïcité n’a pas voulu la commenter directement.

«Le débat sur la laïcité, c’est un débat qu’on a depuis 10 ans au Québec. La position du gouvernement a toujours été claire», a affirmé Simon Jolin-Barrette. «Je pense que ça fait consensus au Québec et le gouvernement du Québec est très fier d’avoir présenté ce projet de loi.»

Plus tard dans la journée, le ministre Roberge a répondu aux critiques des internautes en affirmant dans un tweet que si Malala Yousefzai voulait enseigner au Québec, «ce serait un immense honneur» mais «au Québec, comme c’est le cas en France (où nous sommes actuellement) et dans d’autres pays ouverts et tolérants, les enseignants ne peuvent pas porter de signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions».

- Avec Philippe Teisceira-Lessard