(Québec) François Legault affirme qu’il «n’aime pas» l’idée d’imposer un bâillon afin d’adopter le projet de loi 9 réformant le système d’immigration d’ici la fin de la session parlementaire.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

En ces dernières semaines de session parlementaire, les relations sont plus tendues que jamais entre le gouvernement Legault et le Parti libéral. Alors que l’étude détaillée du projet de loi sur l’immigration se poursuit cette semaine, le ministre Simon Jolin-Barrette a même accusé mardi l’opposition officielle de faire du «niaisage».

Lors d’une mêlée de presse, alors qu’il était questionné en anglais sur la possibilité que le gouvernement utilise le bâillon pour forcer l’adoption du projet de loi avant l’ajournement des travaux, le premier ministre a répondu: «We don’t like that» (on n’aime pas ça).

M. Legault a aussi affirmé que Québec pourrait devoir attendre à l’automne pour adopter la loi, ce qui ferait en sorte qu’on «[laisse] tomber les compagnies (en pénurie de main-d’œuvre) à cause du Parti libéral».

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La députée libérale Dominique Anglade

À moins de trois semaines de la fin des travaux parlementaires, la députée libérale Dominique Anglade a pour sa part présenté mardi trois conditions pour rendre le projet de loi 9 sur l’immigration «acceptable».  

Parmi ces conditions, les libéraux demandent à Québec de poursuivre le traitement des quelque 18 000 dossiers non traités de l’ancien système d’immigration, plutôt que les annuler comme prévu. Le PLQ souhaite aussi que le gouvernement n’impose pas de conditions aux immigrants (comme la réussite d’un test de valeurs) pour obtenir leur résidence permanente.  

Alors que les parlementaires ont étudié à ce jour les articles du projet de loi déposé par M. Jolin-Barrette pendant près de 26 heures, le ministre accuse les libéraux de proposer des amendements «tout à fait ridicules», qui sont au final «du niaisage» parlementaire.

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Le ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette.

À titre d’exemple, le Parti libéral aurait demandé de remplacer des libellés du projet de loi comme «des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises» par «de l’ensemble des valeurs communes de la société québécoise, notamment les valeurs démocratiques».  

«Je demande aux députés libéraux d’agir avec sérieux», a-t-il martelé mardi. Il a accusé du même souffle l’opposition officielle d’être «comme Québec solidaire», c’est-à-dire de faire «des menaces [et du blocage parlementaire]».

«Aujourd’hui, on a eu des menaces de la part de Dominique Anglade, qui dit que si ses conditions ne sont pas remplies, [elle va] bloquer», a dit M. Jolin-Barrette.

En point de presse, la porte-parole libérale en matière d’immigration n’a pourtant pas parlé de blocage et s’est défendue de faire de l’obstruction. Mme Anglade a toutefois comparé l’étude du projet de loi 9 à d’autres pièces législatives qui ont nécessité par le passé plus de 120 heures d’étude en commission parlementaire.

Selon elle, des projets de loi similaires à celui qui est présenté par le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) ont nécessité par le passé «au moins» 80 heures en étude détaillée.

La session parlementaire prend fin le 14 juin prochain pour la pause estivale.