Le ministère du Travail part en campagne auprès des travailleurs plus âgés pour les convaincre de revenir sur le marché du travail ou d’y rester, s’ils y sont et qu’ils envisagent une retraite prochaine.

Lia Lévesque
La Presse canadienne

Il s’agit là d’un des moyens privilégiés pour résoudre les problèmes de recrutement de main-d’œuvre dans bien des secteurs, a indiqué le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, au cours d’une conférence de presse lundi à Montréal.

« J’en appelle aujourd’hui aux travailleurs expérimentés pour qu’ils envisagent une prolongation de carrière ou simplement un retour en emploi », a lancé le ministre Boulet.

Dans certains secteurs, ce sont pratiquement les candidats qui passent l’employeur en entrevue, pour jauger des conditions de travail qu’il offre, a illustré le ministre. « Il faut que les employeurs s’adaptent ; le rapport de forces n’est plus le même. »

Être accommodant

« Dans ma tournée provinciale, je rencontre des travailleurs expérimentés dans les cafés partout au Québec. Souvent, ils m’interpellent : “M. Boulet, j’ai pris ma retraite il y a un an, deux ans, trois ans, mais j’aimerais ça retourner sur le marché du travail ; j’aimerais ça ne pas avoir à travailler la fin de semaine, j’aimerais ça travailler à temps partiel”. C’est pour ça que les entreprises doivent aussi être accommodantes, s’assurer qu’on est capable de leur offrir des emplois qui respectent leurs capacités et leur volonté de travailler », a résumé le ministre Boulet.

Les employeurs devront donc améliorer diverses conditions pour attirer la main-d’œuvre ou la garder, comme les horaires, les salaires et autres bénéfices et faire preuve de flexibilité, a-t-il fait valoir.

Avis aux entreprises qui proposent un programme de départs volontaires pour inciter les travailleurs plus âgés à quitter, afin d’éviter les mises à pied ou d’en réduire le nombre : « les programmes de départ volontaire vont devenir moins intéressants pour les travailleurs », grâce à certaines mesures qui ont été adoptées par Québec, a prévenu le ministre.

Des mesures fiscales

Il a en effet rappelé les mesures annoncées lors du dernier budget Girard et qui sont encore méconnues, comme un crédit d’impôt pour prolongation de carrière, destiné au travailleur, qui a été bonifié. Il est évalué à 104 millions par année ou 533 millions sur cinq ans.

De même, un autre crédit d’impôt, cette fois pour les PME, a été instauré afin de réduire les charges sur la masse salariale des travailleurs de 60 ans et plus. Environ 34 000 petites et moyennes entreprises devraient bénéficier de cet allègement fiscal, au coût de 339 millions sur cinq ans.

Travailleurs : bon, mais…

La plus grande centrale syndicale du Québec, la FTQ, s’est réjouie des propos du ministre et de la confirmation des crédits d’impôt. Mais cela reste insuffisant à ses yeux. « Hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure devient de plus en plus important pour aider à résorber la pénurie d’emplois », a souligné son président Daniel Boyer.

« Nous souhaitons que les suggestions du ministre, comme offrir de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires et éliminer les heures supplémentaires obligatoires soient entendues par son propre gouvernement, alors que nous approchons des négociations dans le secteur public et parapublic. À ce chapitre, il faudra que les bottines suivent les babines », a commenté M. Boyer.

Employeurs satisfaits

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui représente justement des PME, a salué l’initiative ministérielle. « Avec 112 000 emplois à pourvoir dans le secteur privé, nous avons besoin d’actions concrètes et urgentes », a commenté la vice-présidente principale, Martine Hébert. Elle rapporte que près d’une PME sur deux affirme avoir perdu des ventes ou des contrats par manque d’employés.

Le Conseil du patronat aussi a applaudi. « Dans le contexte actuel de rareté de main-d’œuvre, nous ne pouvons pas nous permettre d’échapper personne et nous devons tout mettre en œuvre pour favoriser l’intégration des bassins de population sous-représentés sur le marché du travail », a affirmé son PDG, Yves-Thomas Dorval.

Retraités

L’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic, qui représente 32 000 membres, croit que la mesure pourra intéresser certains de ses membres, « mais à certaines conditions ». Le gouvernement, dit l’association, « doit s’assurer que le retour au travail des retraités ne nuira pas à leurs rentes et régimes de pension », a commenté son président, Donald Tremblay.