(Drummondville) Alors que les règles de la course à la direction du Parti libéral seront annoncées dimanche, l’ancien ministre Pierre Moreau ferme à nouveau la porte à une éventuelle candidature. Sa décision, qu’il dit finale et mûrement réfléchie, contraste avec l’attitude de son ancien collègue, Gaétan Barrette, qui laisse planer le doute.  

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

« Je ne suis pas dans la course et je ne serai pas dans la course. Je suis passé à autre chose », a déclaré M. Moreau, samedi, lors de son arrivée au conseil général du Parti libéral à Drummondville, où sont réunis ce week-end près de 500 militants.

Depuis que le député André Fortin a annoncé qu’il ne sera pas de la course à la succession de Philippe Couillard, certains militants se sont retournés vers Pierre Moreau, espérant qu’il change d’avis. Fin 2018, ce dernier déclarait déjà qu’il passait à autre chose et qu’il était temps de laisser la place à une nouvelle génération.  

« Il est clair que le retrait d’André Fortin a changé des choses pour le parti et pour les observateurs, mais ça n’a rien changé pour moi. Ma décision de ne pas [me lancer dans la course] n’était pas tributaire du fait que d’autres personnes y aillent », a dit M. Moreau.  

Le député libéral Gaétan Barrette ne met pas pour sa part une croix définitive sur la course, même s’il n’estime pas avoir de grandes chances de devenir le prochain chef libéral.  

« Actuellement, je ne me considère pas dans une position où j’aurais une chance raisonnable de gagner, a-t-il dit samedi à son arrivée à Drummondville. Mais peut-être qu’à la fin du conseil général, ça sera différent. »

« Il est possible que des gens m’approchent. On verra. »

Une division émerge sur la laïcité 

Réunis en conseil général à Drummondville pour débattre des enjeux de l’heure, les militants libéraux ont notamment discuté samedi de la position du parti sur la laïcité. Déjà, des divergences émergent au sein de l’équipe parlementaire du parti et auprès d’anciens ministres influents.  

D’abord en plénière sur le thème de l’identité, une majorité des militants ont affirmé samedi qu’ils souhaitaient toujours défendre les libertés individuelles, plutôt que de se rapprocher du compromis Bouchard-Taylor.  

« Pour nous, les libéraux, les libertés individuelles, ce n’est pas négociable », a dit au micro Antoine Dionne Charest.  

« Le ridicule [avec le projet de loi de la CAQ], c’est qu’un enseignant pourrait enseigner avec un ‘’jacket’’des Hells Angels, mais ne pourrait pas le faire avec un foulard », a également dit Raymond Garneau, ancien député et ancien secrétaire du premier ministre libéral Jean Lesage.

Si cette position semblait majoritaire dans la salle, des voix discordantes se sont toutefois fait entendre.

« On a besoin d’avoir un compromis qui n’est pas notre position traditionnelle. […] Sinon, on laisse la chance aux extrémistes de diviser les Québécois », a dit l’un d’eux.  

Un autre militant a aussi souligné qu’en refusant le compromis Bouchard-Taylor, les libéraux s’opposaient à la volonté de 75 % de la population du Québec.  

Le PLQ ne doit pas être une copie de la CAQ, dit Moreau

Si Pierre Moreau n’est pas candidat dans la course à la direction de Philippe Couillard, il entend participer activement à la reconstruction du parti. Sur la question des signes religieux, un rapprochement vers le compromis Bouchard-Taylor est pour lui inconcevable.  

« Il ne faut surtout pas essayer de se transformer en une pâle copie de la Coalition avenir Québec. Ce n’est pas comme ça que le Parti libéral va grandir », a-t-il déclaré.  

Selon La Presse, l’ancienne ministre Dominique Anglade a pour sa part affirmé la semaine dernière lors d’une réunion du caucus libéral qu’elle était favorable au compromis Bouchard-Taylor. Si elle n’a pas officiellement annoncé qu’elle était de la course à la direction du parti, ce détail semble déjà être une formalité. À Drummondville, samedi, son organisation de campagne s’est précisée et l’ancienne ministre a prévu tenir en soirée un cocktail ouvert aux militants dans une salle du centre des congrès.

« Je pense qu’on a besoin de reconstruire. C’est un moment charnière pour le parti », a-t-elle déclaré, samedi, lors de son arrivée au conseil général.  

Son collègue, Gaétan Barrette, croit pour sa part que le PLQ doit se revenir à ses racines nationalistes, ce que le parti a omis de faire lors de la dernière campagne électorale.  

« Ce nationalisme, vous ne l’avez pas senti dans le dernier mandat. C’est clair qu’on doit avoir un discours qui parle à la majorité francophone. Et dans nos fameuses valeurs, il y a l’identification au Québec », a-t-il dit.  

« On ne doit pas essayer, pour des raisons de gains à courte vue, de s’éloigner de ce qui est le fondement du Parti libéral du Québec. On ne peut pas être dans un parti qui est à la base de l’adoption d’une Charte des droits et libertés de la personne et faire en sorte qu’on s’éloigne de ces principes », a pour sa part affirmé Pierre Moreau.