(Québec) François Legault s’est dit ouvert à assouplir le Code d’éthique et de déontologie de l’Assemblée nationale, jeudi, après que le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon eut été forcé de liquider à la hâte ses intérêts dans une entreprise liée au nouveau président d’Investissement Québec.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

«Il va falloir se pencher sur ces règles, combien de temps on donne aux nouveaux députés ministres pour vendre des placements privés», a indiqué le premier ministre lors d’un débat avec le leader parlementaire du Parti libéral, Sébastien Proulx.

M. Fitzgibbon détenait jusqu’à tout récemment des parts de la société Move Protéine, propriété du fils de Guy LeBlanc, ont rapporté les médias de Québecor jeudi. M. LeBlanc, qui est officiellement devenu président d’IQ, était aussi actionnaire de l’entreprise.

PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon (à droite), détenait jusqu’à tout récemment des parts de la société Move Protéine, propriété du fils du nouveau président d'Investissement Québec, Guy LeBlanc (à gauche), ont rapporté les médias de Québecor jeudi.

À titre de ministre de l’Économie, M. Fitzgibbon est responsable de cette société d’État.

Pour éviter de se placer en situation de conflit d’intérêts, il s’est départi de son investissement. Mais puisque Move Protéine n’est pas cotée en bourse, M. Fitzgibbon a dû trouver un acheteur à la hâte.

Cette situation a placé le ministre dans une situation désavantageuse, a estimé M. Legault.

«Quand on détient un placement dans une entreprise privée, la loi dit: on doit vendre, a expliqué le premier ministre. Mais pour vendre, il faut trouver un acheteur. Puis, parfois, ça peut prendre un certain nombre de mois avant que ça arrive.»

«Souvent, la personne est obligée de faire des gros sacrifices sur le prix parce que ce n’est pas facile de trouver, pour une entreprise privée, des acheteurs qui vont payer le prix du marché», a-t-il ajouté.

Le premier ministre a fait valoir que M. Fitzgibbon a étroitement consulté la commissaire à l’éthique Ariane Mignolet depuis son élection pour éviter de se placer en situation de conflit d’intérêts. Il a rappelé au passage que le chef par intérim libéral, Pierre Arcand, a lui aussi été critiqué dans le passé parce qu’il détenait des intérêts dans une entreprise alors qu’il siégeait au conseil des ministres.

Au bureau de M. Legault, on a assuré ne pas vouloir rendre le Code d’éthique moins exigeant envers les élus. Tout au plus souhaite-t-on en assouplir les modalités pour éviter de pénaliser les ministres qui détiennent certains types de placements. Le gouvernement entend consulter l’opposition avant de procéder.

«Double-standard»

Le député libéral Gaétan Barrette a assuré qu’il ne met guère en doute la probité de M. Fitzgibbon. Mais il s’est dit «estomaqué» que le premier ministre jongle ainsi avec l’idée de modifier le code d’éthique.

«On a ici comme un double-standard, a-t-il ironisé. C’est quoi la motivation première de M. Legault? Ne pas avoir de conflit d’intérêts ou s’assurer que son collègue et ami personnel ne perde pas d’argent?»

Le Parti québécois a demandé à la commissaire à l’éthique d’enquêter sur les transactions impliquant MM. Fitzgibbon et LeBlanc. Le leader parlementaire du parti, Martin Ouellet, s’est opposé à toute modification du code d’éthique pour accommoder le ministre. Selon lui, M. Fitzgibbon ne pouvait ignorer les exigences qu’il lui imposait lorsqu’il s’est engagé en politique.

«On trouve ça aberrant que M. Legault veuille amoindrir le Code d’éthique pour rendre plus acceptable la décision de son ministre», a résumé M. Ouellet.