(Québec) Les appareils de loterie vidéo, « c’est quelque chose que j’haïs », affirme François Legault. À la lumière d’une étude rapportée mercredi par La Presse, selon laquelle quatre dollars sur cinq versés dans ces appareils proviennent de joueurs vulnérables, le premier ministre évalue la possibilité d’en réduire le nombre à travers le Québec.  

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
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Martin Croteau Martin Croteau
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« C’est un problème. Les personnes vulnérables utilisent ces appareils et perdent le peu d’argent qu’ils ont. Il faut éviter d’avoir ces appareils dans des zones où il y a beaucoup de personnes vulnérables », a affirmé M. Legault mercredi.  

La Presse rapportait en matinée une nouvelle étude de la chercheuse Sylvia Kairouz, titulaire de la Chaire de recherche sur l’étude du jeu de l’Université Concordia, selon laquelle 82 % des revenus générés par les appareils de loterie vidéo sont générés par 16 % de l’ensemble de ceux qui y jouent parfois des sous.  

Toujours selon Mme Kairouz, ces joueurs pathologiques dépensent 66 % plus d’argent dans les appareils de loterie vidéo que les joueurs qui n’ont pas de problème de jeu.  

« Le [précédent] gouvernement a réduit le nombre d’appareils de loterie vidéo de 11 000 à 10 000. Faut-il en réduire [le nombre] encore plus ? Il ne faut pas exclure ça », a dit M. Legault.  

Loto-Québec interpellée 

Le ministre des Finances, Eric Girard, a demandé mercredi à Loto-Québec d’analyser les nouvelles données fournies par l’étude pour évaluer s’il est nécessaire de réduire le nombre d’appareils de loterie vidéo au Québec.  

« J’ai pris connaissance de l’article et c’est préoccupant. J’ai demandé à Loto-Québec de [prendre connaissance de] l’étude. […] Le jeu pathologique a des conséquences très graves. [Mais] si on retirait complètement [les appareils de loterie vidéo], il y aurait peut-être des machines illégales qui prendraient leur place. Il faut trouver le bon équilibre », a dit M. Girard.  

Le député libéral et ex-ministre des Finances, Carlos Leitão, a pour sa part fait valoir que le précédent gouvernement libéral avait déployé un plan d’action avec Loto-Québec, ce qui avait mené au retrait d’un certain nombre d’appareils pour « s’assurer que les machines, là où elles sont, ne sont pas dans des endroits inappropriés. »

Ainsi, en 2016, en réaction à une vaste enquête de La Presse, le gouvernement Couillard avait réduit de 11 600 appareils de loterie vidéo à 10 000.  

« Ce plan a donné des résultats », mais « Loto-Québec et le gouvernement devraient aller au-delà du plan d’action qu’on avait mis en place », a soutenu M. Leitão mercredi. Selon lui, il faut, « retirer davantage » d’appareils.  

« Il faut aussi s’assurer qu’ils sont là où ils doivent être. Et ça, ça veut dire dans des endroits en tenant compte des indices de défavorisation, mais aussi dans des endroits où on peut mieux les superviser. Donc la notion de salons de jeux, à mon avis, c’est quelque chose d’intéressant. Parce que dans ces salons de jeux, on peut s’assurer d’un meilleur encadrement. S’il y a deux, trois machines dans toutes sortes de bars à gauche et à droite, ça devient plus difficile de bien superviser ces choses-là », a-t-il expliqué.

« Ça fait 25 ans qu’on parle de ça au Québec. Le problème est connu, la cause est connue, la solution est connue. L’État n’a pas le mandat absolu d’aller siphonner de l’argent dans les poches de tout le monde. Ce que Loto-Québec fait avec ses appareils de loterie vidéo dans des zones à risque, c’est créer des perdants à vie », a pour sa part affirmé le député Vincent Marissal de Québec solidaire.  

« C’est extrêmement préoccupant. […] [Le retrait d’appareils] peut faire partie des mesures à prendre. On connaît tous par exemple des petits bars de quartier où il y des appareils de loterie vidéo qui sont fréquentés dès l’ouverture le matin.  Si on travaille en collaboration avec le milieu, des organismes communautaires, on va être capable de cibler ces endroits problématiques et intervenir de façon plus directe. […] Ce qui se fait à l’heure actuelle, c’est insuffisant, c’est clair », a ensuite affirmé le péquiste Sylvain Gaudreault.