Le gouvernement québécois cessera presque complètement ses activités pendant le sommet du G7. L'Assemblée nationale interrompra ses travaux et plusieurs ministères situés au centre-ville de Québec seront fermés demain et vendredi. 

Mis à jour le 5 juin 2018
MARTIN CROTEAU LA PRESSE

Cette situation ne fait pas l'affaire de tous les parlementaires, à commencer par le premier ministre Philippe Couillard.

10 000 fonctionnaires en congé

Environ 10 000 fonctionnaires seront en congé forcé dans les prochains jours. Le Conseil du trésor a décidé de fermer les ministères dont les locaux sont situés dans un large périmètre couvrant le centre-ville de Québec jeudi après-midi, vendredi et samedi. Une quarantaine d'immeubles sont touchés. Québec veut protéger les fonctionnaires et éviter que des manifestations perturbent l'accès à leurs locaux. Malgré cette fermeture à grande échelle, tous les services essentiels seront maintenus, a-t-on assuré au bureau du président du Conseil du trésor, Pierre Arcand. « On est dans une situation extraordinaire, a expliqué la porte-parole du ministre, Cynthia St-Hilaire. Comme employeur, on ne peut pas prendre de chances. »

L'Assemblée nationale aussi

Le président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon, a confirmé que le parlement québécois ne siégera pas pendant la réunion de La Malbaie. Il a dit vouloir « limiter le nombre de personnes présentes sur la colline parlementaire » et permettre aux policiers de consacrer leurs énergies à protéger la population. Les travaux seront donc interrompus demain à 13h et ils seront annulés vendredi aussi. Le temps législatif perdu sera repris lundi et mardi. La décision n'a surpris personne : les élus avaient déjà été informés du report des travaux parlementaires au cours des derniers jours.

« Regrettable »

Le report des travaux parlementaires ne fait pas l'affaire du premier ministre Philippe Couillard, qui a toutefois dit comprendre les raisons de l'Assemblée nationale. « C'est un peu regrettable dans le fond, parce qu'on introduit une notion qu'on interrompt la démocratie pendant des manifestations, a dit M. Couillard. Mais au-dessus de tout, il y a la question de la sécurité qui se pose, la précaution envers les gens. » Un citoyen, Claude Barabé, a lancé un mouvement pour que les résidants de la capitale s'approprient les rues pendant le Sommet du G7 plutôt que de laisser le champ libre aux manifestants. Selon, M. Couillard les citoyens devraient plutôt éviter le centre-ville. « Si mes petits-enfants étaient là, j'espérerais que leurs parents ne les amènent pas là », a-t-il dit.

« Peur du peuple »

En stoppant ses travaux, l'Assemblée nationale se comporte comme si elle avait « peur de son peuple », a déploré le député de Québec solidaire, Amir Khadir. « C'est comme si on a peur de la manifestation, de la diversité des opinions dans notre société, sous prétexte qu'il y a quelques casseurs et quelques vandales, a-t-il dit. La plupart des gens qui viennent manifester viennent avec l'intention de manifester pacifiquement. Alors, ne faisons pas le jeu des provocateurs. » Le député a lui-même l'intention de manifester samedi. Il a appelé tous les contestataires à agir de manière pacifique, et à ne pas encourager les « imbéciles » qui se livreront à des gestes violents. 

Mauvaise image

Le député de la Coalition avenir Québec, Éric Caire, craint que les manifestations attendues dans les prochains jours fassent une mauvaise publicité à la capitale. « Les images qui vont être produites par cet événement-là, ce n'est peut-être pas les images qu'on a envie que le monde voie de Québec, a-t-il indiqué. Des manifestants, du vandalisme, c'est probablement ce type d'image qui va être diffusée et non la beauté de la ville. » Le député de La Peltrie, dans l'ouest de la capitale, presse par ailleurs le gouvernement fédéral de bonifier le programme d'indemnisation pour les résidants et les commerçants.

Programme fédéral

Ottawa doit mieux indemniser les éventuelles victimes des casseurs, a affirmé la députée du Parti québécois, Agnès Maltais. « Je m'attends du gouvernement du Québec à ce qu'ils exigent du gouvernement fédéral un véritable programme de remboursement », a-t-elle indiqué. Elle a rappelé qu'en 2001, les résidants du centre-ville de Québec ont été incapables d'obtenir des dédommagements lorsque leurs immeubles ont été endommagés par des casseurs. Ils ont dû se tourner vers leurs assureurs, ce qui a entraîné des hausses de primes. Or, dit Mme Maltais, le programme n'a pas été amélioré depuis.

- Avec la collaboration de Tommy Chouinard