Au printemps dernier, Françoise David avait accusé le budget libéral d'être «sans imagination et sans ambition». La porte-parole de Québec solidaire a eu l'occasion hier de déposer son propre budget, le cadre financier de son parti, un document sans conteste ambitieux qui prévoit des dépenses de 10 milliards de dollars pour les sept prochaines années.

Karim Benessaieh
Karim Benessaieh LA PRESSE

C'est cinq fois plus que ce que le PQ et le PLQ ont annoncé dans leur propre cadre financier, la semaine dernière. «C'est quelque chose que nous avons préparé avec beaucoup de sérieux, et nous sommes les seuls à présenter une colonne de revenus et une colonne de dépenses, dit Françoise David. Oui, nous allons dépenser de l'argent, mais nous précisons où nous allons le trouver.»

 

Contrairement aux autres partis, Québec solidaire ne mise pas sur la croissance économique pour financer ses promesses, précise Amir Khadir, co-porte-parole du parti. «Nous proposons une augmentation des revenus de l'État d'abord par une fiscalité plus appropriée, ensuite par une prospérité qui sera mieux répartie.»

Fait inusité, le cadre financier de Québec solidaire s'étire sur sept ans au lieu de cinq. Les deux premières années, le parti se consacrerait à minimiser les impacts de la récession qui se dessine en investissant 2,3 milliards. Le plus gros morceau consisterait à améliorer les transports en commun au coût de 600 millions. On mise également sur les grands travaux d'immobilisation de 8,3 milliards en logements sociaux, dans l'éolien et les infrastructures, qui seront financés par des emprunts.

Pour ces deux premières années, les dépenses seraient entièrement assumées par des revenus déjà existants: le surplus des deux dernières années et quelque 1,1 milliard qu'on ne verserait pas au Fonds des générations.

Par la suite, Québec solidaire propose un vaste chantier visant à «transformer l'économie du Québec», en investissant massivement dans l'éducation gratuite (1,1 milliard), la santé (2,2 milliards) et la renégociation des conventions collectives imposées par le gouvernement Charest (1,6 milliard). On prévoit redonner un nouveau souffle à Télé-Québec, augmenter l'aide sociale de 595 millions et étendre la durée des vacances.

«Ce sont des investissements normaux dans un pays riche, on n'apporte rien de futile», dit Mme David. «C'est le moment où jamais où les gens doivent trouver la capacité de croire en autre chose. D'autres peuples le font, ils ne sont pas meilleurs que nous. Ça ferait du bien au Québec, une économie au service des gens», ajoute M. Khadir.

Ce programme évalué à 7,6 milliards sera financé par une vingtaine de mesures. La plus payante est l'ajout d'un nouveau palier d'imposition pour les revenus de 84 000$ et plus, qui rapporterait 1,3 milliard. La création d'une société d'État pharmaceutique rapporterait un milliard par année. On veut également augmenter les redevances sur les ressources naturelles, développer l'énergie éolienne et augmenter les impôts des entreprises.