Vous ne savez pas pour qui voter aux élections provinciales du 8 décembre ?Rassurez-vous, vous n'êtes pas seul. Le nombre d'électeurs indécis au début d'une campagne électorale a doublé au cours des 30 dernières années ; il atteint aujourd'hui entre 40 et 50 % de la population. Dans le jargon politique, on surnomme ces électeurs les «écideurs de campagne».

Catherine Handfield
Catherine Handfield LA PRESSE

Parmi eux, on trouve deux types principaux : les «décideurs hâtifs», qui se branchent rapidement, et les «décideurs tardifs», qui préfèrent attendre à la dernière minute pour choisir. Thierry Giasson, professeur au département d'information et de communication à l'Université Laval, et Richard Nadeau, professeur titulaire de sciences politiques à l'Université de Montréal, discutent de ces électeurs. Et surtout des moyens déployés par les partis pour gagner leur précieux vote. Le décideur hâtif

Il choisit pour qui voter au cours du premier tiers de la campagne.

Profil : plus âgé et plus instruit que la moyenne.

Proportion : environ 20 % de la population.

Un choix cognitif

Le décideur hâtif se base sur les plateformes électorales et les engagements politiques pour faire son choix. Pour le convaincre, les partis doivent imposer leurs enjeux et leur interprétation de ceux-ci dès le début de la campagne. «Les chefs doivent se définir avant que leurs adversaires ne le fassent à leur place», explique Richard Nadeau.

Un doute entre les deux oreilles

L'électeur est politisé, voire partisan. Si une maison de sondage l'appelle, il peut aussi bien appuyer une organisation politique que se déclarer indécis. Le hic : il doute du bilan de ce parti. «Les politiciens peuvent ramener les principes de base de leur parti pour le rappeler au bercail», indique Thierry Giasson.

Un oeil curieux

Il aime se renseigner. Outre les médias d'information, il fréquente les sites internet des partis et écoute leurs messages publicitaires. Les chefs doivent donc lui mettre quelque chose sous la dent... sans quoi il ira voir ailleurs. «C'est là que réside toute l'importance de dévoiler le programme en début de campagne», souligne M. Giasson.

Quand la tête choisit, la main exécute

L'électeur est entêté. Quand il décide pour quel parti il votera, ce choix se reflétera sur le bulletin de vote le jour des élections. «Le début d'une campagne est donc extrêmement important : c'est à ce moment que les opinions se cristallisent », affirme M. Nadeau.

Le décideur tardif

Il choisit pour qui voter au cours de la dernière semaine de la campagne.

Profil : moins âgé et moins instruit que la moyenne.

Proportion : entre 5 et 10 % de la population.

Un choix émotif

Le décideur tardif est peu informé et porte peu d'intérêt à la politique. Pour lui, ce sont les émotions qui comptent. «Il peut voter pour un parti simplement parce que sa campagne va bien ou que la couverture médiatique lui semble favorable», indique M. Nadeau. Les qualités humaines du chef peuvent suffire à le convaincre.

Une oreille attentive aux autres

Il porte attention à l'avis de ses proches. Ses amis, sa famille, ses collègues, peuvent l'influencer. «Par exemple, son choix peut être guidé par ce qu'il a entendu dire sur la performance des leaders au débat des chefs, et pas nécessairement parce qu'il a vu le débat», dit M. Giasson.

Un oeil sensible aux publicités

Le décideur tardif est sensible aux publicités et particulièrement, aux publicités négatives qui ridiculisent et démolissent les chefs adverses. «Cela explique l'utilisation de plus en plus fréquente de publicités très négatives en fin de campagne de manière à déstabiliser ces électeurs», explique M. Giasson.

Des pieds imprévisibles

Votera ? Ne votera pas ? Le jour des élections, le décideur tardif peut aussi bien choisir d'aller voter que rester confortablement à la maison. Les partis déploient beaucoup d'énergie pour le joindre le jour J et le convaincre de se rendre au bureau de scrutin.