Eleider Álvarez dédie toutes ses victoires à sa mère. Surtout celle qui, le 4 août, à Atlantic City, a fait de notre personnalité de la semaine le champion du monde de boxe des poids mi-lourds de la World Boxing Organization.

Mis à jour le 19 août 2018
Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Le boxeur montréalais d'origine colombienne, domicilié à Laval, a en effet passé le K.-O. à Sergey Kovalev, athlète redoutable et champion du monde en titre. Il attendait cette occasion depuis trois ans, a-t-il souvent répété. 

Eleider Álvarez, joint à la veille d'un séjour d'un mois en Colombie, ne veut pas changer, même si ce titre lui promet des jours financièrement bien différents de ceux de ses débuts. « Je veux rester comme je suis », dit-il. « Et je vais surtout continuer de m'entraîner, de me concentrer là-dessus. »

En Colombie, Álvarez va retrouver les siens. Ses fans, sa famille, sa fille de 8 ans, Aida-Elisa, dont il va célébrer l'anniversaire à la fin de septembre. Viendra-t-elle un jour vivre avec lui à Montréal ? Il ne le sait pas. L'avenir est un point d'interrogation.

L'histoire d'Eleider Álvarez n'est pas banale. Il naît à Turbo, dans la région d'Antioquia, dans le nord-ouest de la Colombie, près du Panamá. Dans cette région, on travaille le bois, on pêche, on chasse. C'est dans cet environnement qu'il grandit, mais il ne s'intéresse pas beaucoup à l'école. Sa mère craint qu'il ne « prenne de mauvais chemins ». Elle l'encourage à faire de la boxe, à s'engager dans ce sport. « Pour l'encadrement, pour la discipline », dit-il. Malheureusement, elle meurt quand il a 15 ans. Il vit alors avec son père. Mais jamais, dit-il, il n'abandonnera la boxe. Et tous ses succès seront pour elle.

LE LONG CHEMIN VERS LA CEINTURE

Petit à petit, la carrière de l'athlète qui a aujourd'hui 34 ans prend forme. Comme amateur, il devient membre de l'équipe nationale de Colombie et va aux Jeux olympiques en 2008, après avoir remporté l'or dans la catégorie des mi-lourds aux Jeux panaméricains de 2007.

C'est dans ce contexte que les organisateurs du monde professionnel le remarquent, dont le Québécois Yvon Michel.

Álvarez veut devenir pro. Les offres affluent, des États-Unis, de l'Allemagne, de l'Argentine. Il choisit le Canada.

En 2009, il arrive à Montréal pour tâter le terrain, puis, après cinq mois, retourne chez lui. De là, il lui faudra attendre un an avant de pouvoir repartir, pour des questions de visa. Il revient finalement en 2011 pour s'entraîner et viser le titre qu'il remportera enfin en août 2018.

Espère-t-il que sa fille prenne un jour la relève ? Qu'elle se lance aussi en boxe ? « Pas question », répond l'athlète. « Je veux que personne dans ma famille n'aille en boxe. C'est trop dur. »

Dur de s'entraîner. Dur d'être loin des siens. « Quand je suis en Colombie, je veux être à Montréal, et quand je suis à Montréal, je veux être en Colombie. » Pourquoi a-t-il choisi de s'installer à Laval ? Pour être près des amis, mais surtout des gyms où il s'entraîne. 

Il y reviendra à la fin de septembre et vise un autre combat en décembre, mais il ne sait pas où encore. « On verra, mais je vous le dirai, plus tard. »

Photo Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse

Le champion du monde de boxe des poids mi-lourds de la World Boxing Organization, Eleider Álvarez, est notre personnalité de la semaine.