Ce sont des artistes fort différents qui ont amené le Québec sur la scène de l'Opéra de New York. François Girard et Yannick Nézet-Séguin sont nos personnalités de la semaine.

Marie-Claude Lortie LA PRESSE

La culture québécoise rayonne sur la scène internationale. Ça ne date pas d'hier. Céline Dion, le Cirque du Soleil, Robert Lepage, Dany Laferrière, Luc Plamondon, Yann Martel, Marie Chouinard... La liste d'artistes qui s'y distinguent est longue.

Mais tout récemment, à New York, une nouveauté s'est ajoutée à la liste. Cette fois, ce n'est pas un artiste, mais bien deux artistes très différents, travaillant ensemble, qui y ont montré leur savoir-faire : le chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin et le metteur en scène et cinéaste François Girard. Ils sont tous deux nos personnalités de la semaine.

C'est un peu un concours de circonstances qui a fait qu'ils ont travaillé ensemble pour présenter en ce moment Parsifal au Metropolitan Opera, production que le New York Times, dans sa critique du 6 février dernier, a qualifiée de « magnifique ». En titre.

François Girard avait d'abord fait la mise en scène d'une production de l'oeuvre de Wagner en 2013, qui avait connu un franc succès critique elle aussi. Ceci est donc une reprise de la production sur laquelle Girard travaille depuis plus de 10 ans.

C'est entre-temps qu'est arrivé Nézet-Séguin, nommé directeur musical désigné du Met en juin 2016. C'est donc lui qui est chef d'orchestre du spectacle mis en scène par Girard, même si son entrée en fonction était prévue pour 2020-2021 - elle a depuis été devancée à la saison 2018-2019.

Nézet-Séguin, joint à New York, a déclaré que ce fut « un plaisir incroyable » de travailler avec François Girard. « Son esprit d'équipe, a-t-il dit, rejoint très bien le mien. Il travaille dans la bonne humeur et l'intensité, mais aussi le respect des gens. Et on peut dire que malheureusement, ce n'est pas toujours le cas dans notre métier et que ça fait du bien de se retrouver comme ça. »

Le chef d'orchestre adore cet opéra, qu'il qualifie de l'un « des plus grands du répertoire, une oeuvre pleine d'amour », pour laquelle « il faut se mettre dans un état de sérénité et de disponibilité ».

François Girard a lui aussi trouvé l'aventure formidable. « Ça me nourrit beaucoup », a-t-il confié en entrevue, évoquant le fait, avec un peu de nostalgie, que pendant qu'on discutait au téléphone, les musiciens à New York étaient en train de se préparer à une représentation de l'opéra. Lui n'était pas avec eux, déjà reparti vers d'autres projets.

« Nous ne nous étions jamais rencontrés à Montréal. C'est un grand talent. Un collaborateur fabuleux. Tous les aspects du spectacle l'intéressent. Et c'est une force positive. Vraiment, vraiment sympathique. C'est avec une grande fierté que j'ai travaillé avec lui », dit François Girard à propos de Yannick Nézet-Séguin.

Il n'est pas facile de réussir à parler à ces deux monuments. Nézet-Séguin travaille avec trois orchestres, dont celui du Met, avec qui il a fait ce projet, mais aussi l'Orchestre Métropolitain de Montréal et l'Orchestre de Philadelphie.

François Girard, lui, était au pays de Galles quand on l'a joint, en recherche de lieux de tournage pour son prochain film, The Song of Names, basé sur le roman éponyme. Cette coproduction britanno-canadienne raconte l'histoire de deux jeunes amis londoniens pendant la Seconde Guerre mondiale, séparés par un événement mystérieux, mais dont les chemins se recroiseront plusieurs décennies plus tard. Là encore, la musique est au premier plan. Girard, pianiste du dimanche et réalisateur du Violon rouge, est passionné de musique.

Un de ses films est actuellement en salle à Montréal, un long métrage intitulé Hochelaga, terre des âmes, qui a provoqué un débat dont il est content, plaçant notamment les autochtones au coeur de l'histoire de la métropole. « C'était ça, le projet depuis le début, notre intention, dit le réalisateur. On voulait que ce film fasse parler d'identité. » Le film s'articule autour d'un affaissement de terrain au centre du terrain de football de l'université McGill, qui devient un lieu de fouilles archéologiques d'où ressortent toutes sortes de personnages de l'histoire de la ville.

Outre The Song of Names, son prochain projet est Le vaisseau fantôme, un autre opéra de Wagner, qui sera présenté au Met en 2020.

Nézet-Séguin, lui, affirme être ravi à l'idée de travailler au Met ces prochaines années, surtout après ce Parsifal. « Je me réjouis d'être capable d'être plus présent dans cette institution incroyable pour les prochaines années, a-t-il dit. Je me sens accueilli à bras ouverts vraiment par tout l'orchestre, le choeur, tout le Met, je suis très fier. Et ça ne change en rien mon engagement envers l'Orchestre Métropolitain et l'Orchestre de Philadelphie. »

En attendant, il a quand même le temps d'aller au cinéma. Son nouveau film culte ? « Call Me By Your Name. Inspirant pour sa beauté, sa culture, le jeu de Timothée Chalamet, pour tout, pour l'amour qu'il inspire, pour l'acceptation de l'amour sous toutes ses formes. »

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Le réalisateur et metteur en scène François Girard

Photo Matt Rourke, La Presse canadienne

Le directeur musical désigné du Met, Yannick Nézet-Séguin

François Girard en quelques choix

UN LIVRE

Le procès de Franz Kafka

DES FILMS

2001 - Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick

E la nave va de Federico Fellini

UNE CITATION

« Il est plus difficile de désintégrer un préjugé qu'un atome. » - Albert Einstein

UN PERSONNAGE HISTORIQUE

Mahatma Gandhi

SI VOUS DEVIEZ MANIFESTER, CE SERAIT POUR QUELLE CAUSE ? 

L'environnement

ET QUE SERAIT-IL ÉCRIT SUR VOTRE PANCARTE ?

« C'EST PAS TROP TARD. MAIS PRESQUE ! »