Le Canadien Michael Spavor, arrêté par les autorités chinoises il y a près de trois ans pour « espionnage », a été condamné à 11 ans de prison mercredi. Une condamnation et une peine « absolument inacceptables et injustes », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Le verdict est tombé ce matin au tribunal de Dandong, dans le nord-est du pays. « Nous condamnons cette décision », a affirmé Dominic Barton, ambassadeur du Canada en Chine, dans une déclaration à la presse. « Il y a la possibilité de faire appel. C’est quelque chose dont [Michael Spavor] va discuter avec ses avocats. » Dans un communiqué, le premier ministre Trudeau a déclaré que le verdict découlait d’un « procès qui n’a même pas satisfait aux normes minimales requises par le droit international ».

En plus de la peine de prison, environ 10 000 $ de biens personnels seront confisqués. Michael Spavor sera aussi expulsé du pays, mais la date est inconnue à ce jour. « Je pense que ce mot (expulsion) est très important dans le verdict, a souligné l’ambassadeur. Je pense que nous avons interprété que c’était 11 ans et l’expulsion. Il veut rentrer chez lui, y a-t-il une chance de rentrer plus tôt ? »

L’arrestation de Michael Spavor, directeur de l’organisation Paektu Cultural Exchange, remonte au 10 décembre 2018. Arrêté le même jour pour les mêmes motifs et accusé d’espionnage, l’ancien diplomate Michael Kovrig ne connaît toujours pas son sort. Les deux hommes ont été jugés à huis clos en mars dernier, à quelques jours d’intervalle.

Quelques heures avant que le tribunal chinois tranche mercredi, Marc Garneau, ministre des Affaires étrangères, a exprimé sur Twitter que la libération des deux hommes était une « priorité absolue ». Il a rappelé que les ressortissants canadiens étaient « détenus arbitrairement en Chine ». Ces évènements surviennent alors que les relations entre l’État canadien et son homologue chinois en sont à « leur plus bas ».

Le 1er décembre 2018, le Canada avait procédé à l’arrestation de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, à la demande des États-Unis. Ces derniers l’accusaient de fraude dans le but de contourner les sanctions américaines contre l’Iran. Depuis, la Chine presse Ottawa de libérer la dirigeante. L’État chinois qualifie ce geste de manœuvre « politique » de la part de Washington.

Plusieurs avaient alors soulevé le climat diplomatique entourant les arrestations des Canadiens, survenues quelques jours après l’arrestation de la femme d’affaires chinoise.

Ces détentions de la part de la Chine « ressemblent beaucoup à une sorte de vengeance », soutient Ari Van Assche, professeur titulaire au département d’affaires internationales à HEC Montréal.

Chrystia Freeland, qui était ministre des Affaires étrangères du Canada au moment des faits, s’était dite préoccupée par la situation. Elle avait demandé la « libération immédiate » des deux Michael.

Il y a une semaine, les audiences au sujet de l’extradition de Meng Wanzhou ont débuté à Vancouver. Mardi, un tribunal chinois a rejeté l’appel de Robert Schellenberg, condamné à la peine de mort pour trafic de drogue. Ayant d’abord écopé d’une peine de prison en novembre 2018, il a vu sa sentence révisée en janvier 2019 après l’arrestation de la directrice de Huawei.

Relations bilatérales à « leur plus bas »

Selon Lynette Ong, professeure de science politique à l’Université de Toronto, cet évènement survient alors que les relations entre le Canada et la Chine en sont historiquement à « leur plus bas ».

L’état actuel s’explique d’abord par la montée politique et économique de la Chine, selon Ari Van Assche. Avec cette position, l’État chinois veut instaurer les règles du jeu en politique étrangère.

La Chine a décidé d’employer ses points forts pour avoir plus de concessions en sa faveur.

Ari Van Assche, professeur titulaire au département d’affaires internationales à HEC Montréal

Certaines décisions du Canada, dont l’arrestation de Meng Wanzhou, ont aussi contribué à la détérioration des rapports diplomatiques entre les deux pays. « Le Canada a aussi fait quelques déclarations qui n’ont pas été appréciées concernant Hong Kong et les Ouïghours » soulève Ari Van Assche.

Lynette Ong estime, de son côté, qu’après les verdicts des deux Michael et la décision au sujet de l’extradition de Meng Wanzhou, les deux pays devront repenser leurs rapports diplomatiques. Selon Ari Van Assche, les réactions des États-Unis et de l’Union européenne seront à surveiller.

Avec le verdict de culpabilité qui vient d’être rendu, cela aura des répercussions sur la décision des Canadiens qui désiraient se rendre en Chine pour les études ou l’entrepreneuriat. « Il y aura beaucoup plus de crainte d’y aller et de faire des affaires là-bas », conclut Ari Van Assche.

Commerce, tourisme et affaires en Corée du Nord

Originaire de Calgary, Michael Spavor était établi depuis quelques années à Dandong, ville située à la frontière de la Corée du Nord. De là, il effectuait des allers-retours à Pyongyang pour faciliter les échanges sportifs, culturels et commerciaux avec ce pays.

Depuis une décennie, le Canadien faisait le lien entre les autorités nord-coréennes et des étrangers, dont des hommes d’affaires, des organisations et des touristes. Il a notamment organisé les visites au pays de l’ex-basketteur Dennis Rodman.

— Avec l’Agence France-Presse