(Montréal) Les défenseurs de ces demandeurs d’asile qui ont travaillé dans le réseau de la santé pendant la première vague de la pandémie demandent au gouvernement du Québec d’accélérer le traitement des demandes d’immigration de ces « anges gardiens » chaleureusement salués par le premier ministre.

Jacob Serebrin
La Presse Canadienne

Ottawa a lancé en décembre deux programmes spéciaux permettant aux demandeurs d’asile qui ont travaillé dans le secteur de la santé au début de la crise sanitaire de demander la résidence permanente au Canada.

Un premier programme, qui s’applique à l’extérieur du Québec et qui est géré par le gouvernement fédéral, a reçu 932 demandes, selon les plus récentes données disponibles ; 459 avaient été approuvées en principe au 20 février, a déclaré le ministère fédéral de l’Immigration dans un courriel.

L’autre programme est administré dans le cadre d’une entente entre Ottawa et Québec. À la première étape du processus, le fédéral a reçu 721 demandes. De ce nombre, seulement trois demandes ont été approuvées en principe par Ottawa, selon le gouvernement fédéral.

Wilner Cayo, président de l’organisme Debout pour la dignité, estime que cet écart illustre un manque d’engagement politique de la part du Québec. « Le Québec a toujours été très réticent à reconnaître cette contribution extraordinaire des demandeurs d’asile’anges gardiens’ », déplorait M. Cayo en entrevue mardi.

« Le Québec prouve encore, dans la façon de traiter les dossiers, que régulariser ces gens ne fait pas partie de ses priorités. »

Le premier ministre François Legault disait ignorer, mardi, que le Québec était à la traîne des autres provinces, ajoutant que les critères du programme avaient été décidés en collaboration avec le gouvernement fédéral. En conférence de presse à Québec, il a soutenu qu’on n’avait pas donné instruction de ralentir l’acceptation de ces personnes. « Au contraire, on veut respecter notre parole », a-t-il dit.

Mais selon M. Cayo, ces retards signifient que la vie des demandeurs est maintenue en suspens. Par exemple, a-t-il dit, certains « anges gardiens » attendent leur statut de résident permanent pour pouvoir obtenir un diplôme ou suivre un programme de formation. Par ailleurs, sans résidence permanente, les parents d’enfants nés ici n’ont pas accès au programme de garderies publiques du Québec.

Une étape supplémentaire

Marjorie Villefranche, directrice de La Maison d’Haïti, explique que les demandeurs au Québec ont une étape supplémentaire à franchir par rapport aux demandeurs ailleurs au pays. Une fois leur demande initiale approuvée par Ottawa, ils doivent présenter une demande à Québec pour recevoir un Certificat de sélection du Québec. Une fois ce certificat délivré, ils doivent à nouveau se tourner vers Ottawa pour demander la résidence permanente au Canada.

Mme Villefranche croit que le Québec devrait consacrer plus de ressources au traitement des demandes. « Je ne pense pas qu’il y ait de volonté politique », a-t-elle déclaré dans une récente entrevue.

Flore Bouchon, porte-parole de la ministre québécoise de l’Immigration, Nadine Girault, a indiqué que le gouvernement n’avait reçu aucune plainte officielle concernant le programme de la part d’organismes de soutien à l’immigration ou des demandeurs d’asile concernés. Elle a soutenu dans un courriel que les dossiers étaient traités dans un délai « très raisonnable, 21 jours en moyenne ». Par ailleurs, a-t-elle écrit, le nombre de candidats qui ont reçu leur Certificat de sélection du Québec démontre le succès du programme.

En date du 19 mars, le ministère de l’Immigration du Québec avait reçu 389 demandes de certificats et 114 avaient été délivrés. En comptant les demandeurs et leurs dépendants, 237 personnes ont obtenu le certificat, selon Mme Bouchon.

La porte-parole du ministère, Arianne Méthot, a déclaré qu’après la délivrance des certificats, les demandes devenaient la responsabilité du fédéral.

Alexander Cohen, attaché de presse du ministre fédéral de l’Immigration, Marco Mendicino, a expliqué que des retards sont toujours à prévoir dans le cas d’un nouveau programme. La priorité d’Ottawa, a-t-il dit, est d’élargir le programme pour inclure plus de travailleurs.

Les deux programmes spéciaux ne sont ouverts qu’aux personnes qui ont fourni des soins directs dans un établissement de santé pendant au moins 120 heures entre le 13 mars et le 14 août 2020.

Mme Villefanche aimerait voir ce programme élargi à plus de travailleurs qui ont peut-être été exposés à la COVID-19 au travail, mais qui ne fournissent pas de soins directs, comme les employés d’entretien, par exemple. Elle aimerait aussi que la date limite du 14 août soit prolongée, car cet échéancier est injuste pour les personnes qui ont fourni des soins pendant la deuxième vague de la pandémie.

Cette dépêche a été produite avec l’aide financière des Bourses de Facebook et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

Note aux lecteurs : Version corrigée. Il faut bien lire le Certificat de sélection du Québec, et non le Certificat d’acceptation du Québec, comme il était écrit dans la version précédente.