(Ottawa ) Après avoir donné un tour de vis pour dissuader les Canadiens d’effectuer des voyages non essentiels à l’étranger, notamment vers les destinations soleil, le gouvernement Trudeau s’apprête à adopter des mesures de contrôle plus sévères à la frontière canado-américaine.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Ainsi, les snowbirds qui reviendront au pays au cours des prochaines semaines en passant par la voie terrestre devront avoir entre les mains un test de dépistage valide de la COVID-19 datant de 72 heures avant leur arrivée sur le territoire canadien. S’ils ne détiennent pas un tel document, ils devront se soumettre à un test de dépistage rapide au poste frontalier, a appris La Presse de plusieurs sources sûres.

Les voyageurs dont le test est négatif pourront se rendre à leur domicile pour faire leur quarantaine. Mais les voyageurs dont le test est positif seront pris en charge par les autorités sanitaires. Ces voyageurs pourraient être obligés de payer une partie de la facture liée à leur quarantaine dans un lieu supervisé.

Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, qui est responsable de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), planche sur les modalités de ces nouvelles mesures de contrôle. Plusieurs détails n’ont pas encore été finalisés. Selon nos informations, il devrait annoncer les grands pans de ces nouvelles mesures d’ici quelques semaines.

« Les mesures de contrôle à la frontière canado-américaine seront rehaussées au même titre qu’elles l’ont été dans le cas des voyageurs qui rentrent au pays par les aéroports. Notre intention est essentiellement de faire à la frontière ce que nous avons choisi de faire dans les aéroports », a confirmé une source gouvernementale digne de foi.

Selon Statistique Canada, le nombre de Canadiens revenant des États-Unis en automobile en passant par l’un des postes frontaliers terrestres a reculé de 92,4 % en décembre 2020 par rapport au même mois un an plus tôt, pour s’établir à seulement 146 000.

Cette chute est le résultat des restrictions liées aux voyages non essentiels, en vigueur depuis mars 2020. On a dénombré seulement 61 000 voyages au Canada de résidants des États-Unis durant le même mois — une baisse de 93,8 % par rapport à décembre 2019.

En conférence de presse, la semaine dernière, le ministre Blair a affirmé qu’Ottawa continuera « à donner la priorité à la santé et à la sécurité des Canadiens dans [ses] décisions » et qu’il s’adaptera « en temps réel à l’évolution de la situation ».

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Bill Blair, ministre de la Sécurité publique

L’attachée de presse du ministre, Marie-Liz Power, a précisé que toute mesure supplémentaire touchant la frontière « sera annoncée en temps utile, après consultation avec les responsables de la santé publique ».

Les mesures en vigueur d’ici deux semaines

Vendredi, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé une série de mesures visant à limiter les voyages à l’étranger, exauçant ainsi le souhait des provinces de Québec et de l’Ontario.

D’abord, il a annoncé la suspension des vols entre le Canada et les destinations soleil, précisément les Caraïbes et le Mexique. Cette mesure est entrée en vigueur dimanche et durera jusqu’au 30 avril.

D’ici deux semaines, les voyageurs qui rentrent au pays devront subir un second test obligatoire à l’aéroport quand ils arrivent. Et ils devront rester en quarantaine à leurs frais — à un coût de plus de 2000 $ — dans un hôtel supervisé pour une durée de trois jours en attendant le résultat de leur test.

Si le test est négatif, les voyageurs pourront terminer leur quarantaine à la maison, et les autorités imposeront des mesures de surveillances accrues. Les voyageurs dont le test est positif feront leur quarantaine dans un centre de la Santé publique pour s’assurer qu’ils ne sont pas porteurs d’un nouveau variant du virus. Le gouvernement fédéral se chargera de ces frais.

Une approche commune

Ces mesures, qui s’appliqueront aussi aux voyageurs en provenance des États-Unis, devraient entrer en vigueur « le plus vite possible, en février », selon le premier ministre. De plus, les vols internationaux seront tous redirigés, vraisemblablement à compter de jeudi, vers quatre aéroports, soit Montréal, Toronto, Calgary et Vancouver.

« Très prochainement, nous aurons une approche commune à ces quatre aéroports et à tous les postes frontaliers », a indiqué une source gouvernementale.

Les snowbirds devraient se voir refiler une partie de la facture liée à ces nouvelles mesures à la frontière. Mais on ne sait pas si cette facture sera aussi salée que celle que devront acquitter les voyageurs qui arrivent aux aéroports. « Tout cela va prendre de la coordination. Il va peut-être même falloir qu’un voyageur prenne un rendez-vous à l’avance avant de traverser la frontière quand ça va devenir plus achalandé avec le retour des snowbirds. Mais tous ces détails n’ont pas encore été arrêtés. Chose certaine, ça va coûter quelque chose et ça va être un inconvénient pour plusieurs. »