(Ottawa) Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a vigoureusement défendu la stratégie du gouvernement Trudeau durant la crise qui a paralysé le transport ferroviaire pendant plus d’un mois, affirmant que la patience et le dialogue étaient infiniment préférables au recours à la force pour obtenir la levée des barricades sur les voies ferrées.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Témoignant devant le comité des affaires autochtones, mardi, M. Miller a reconnu que cette crise a causé de sérieux inconvénients à de nombreux Canadiens et aux entreprises, mais il a affirmé que l’histoire a démontré que l’utilisation de la force « est parfois un signe de faiblesse » de la part des gouvernements qui tentent de régler rapidement des dossiers complexes touchant les Premières Nations.

M. Miller et la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, sont venus faire le point sur cette crise qui a éclaté après que les chefs héréditaires de la Première nation Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique, eurent signifié leur opposition à la construction d’un gazoduc sur leur territoire ancestral proposé par la compagnie LNG Canada et eurent obtenu l’appui d’autres Premières Nations à travers le pays.

Le mouvement de contestation a pris la forme de blocus ferroviaire, qui a duré près d’un mois et pris fin après trois jours de pourparlers et la conclusion d’une entente entre les chefs héréditaires et la ministre Bennett et son homologue de la Colombie-Britannique Scott Fraser il y a 10 jours. Les détails de cette n’ont pas encore été dévoilés.

« Je suis heureux qu’ensemble nous sommes parvenus à une résolution pacifique qui est réaliste. Je crois que la voie facile n’est pas toujours la bonne voie. Parfois, utiliser la force est un signe de faiblesse », a affirmé M. Miller, qui a subi son baptême de feu en tant que nouveau ministre du cabinet à la suite de cette crise.

Cela dit, le ministre a affirmé qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour réparer des années de relations difficiles ancrées dans la méfiance entre les peuples autochtones et les gouvernements, qui ont encore des réflexes « paternalistes et colonialistes ».

« Nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour ce qui d’apprendre les bonnes choses de l’histoire en matière de réconciliation. Il faut s’écouter et apprendre les uns des autres […] Il n’y a pas de solution miracle à l’horizon »,  a-t-il soutenu, déplorant au passage que cette crise ait donné lieu à une hausse du nombre d’incidents racistes et haineux envers les Premières Nations, notamment sur les réseaux sociaux.

Durant la crise, le ministre Miller a passé une journée entière à rencontrer des représentants des
Mohawks de Tyendinaga, qui avaient érigé une barricade sur le territoire près de Belleville, en Ontario, en guise d’appui aux chefs héréditaires. Belleville.

« Un dialogue ouvert, respectueux et permanent » est crucial selon lui pour éviter de répéter les erreurs du passé et répondre de façon adéquate aux nombreux griefs légitimes des peuples autochtones au cours des 150 dernières années et plus.

Il a évoqué les problèmes d’accès à l’eau potable dans plusieurs réserves encore, la pénurie de logements adéquats sur les réserves et la surreprésentation des autochtones dans la population carcérale, sans oublier le terrible chapitre des pensionnats autochtones.

« Ce sont des questions très graves qui nécessitent notre attention et cela depuis des centaines d’années », a-t-il avancé. « Nous ne pouvons pas continuer à faire les choses comme avant. »

Pour sa part, la ministre Bennett a indiqué que les détails de l’entente de principe conclue le 1er mars avec les chefs héréditaires ne seront pas divulgués. Cette entente porte sur la question des droits des territoires, des titres et de la représentativité.

Rappelons que les Wet’suwet’en sont gouvernés par le système traditionnel des chefs héréditaires et par des conseils de bande élus. Une majorité des conseils de bande avait approuvé le projet de gazoduc, mais des chefs héréditaires s’y opposent.  

Le territoire des Wet’suwet’en n’a jamais pas fait l’objet d’un traité et demeure « non cédé ». En 1997, la Cour suprême du Canada a décrété que la propriété autochtone n’avait pas été abolie par le gouvernement provincial – et qu’elle ne pouvait pas l’être, du reste. Mais le plus haut tribunal du pays n’a pas déterminé la zone et les limites spécifiques de ce territoire wet’suwet’en.

Durant les audiences du comité, le Parti conservateur a reproché à la ministre Bennett d’avoir omis de rencontrer les membres du conseil de bande élus qui appuient le projet de gazoduc. « Vous avez discuté seulement avec ceux qui s’opposent au projet. Vous avez créé de la division en ayant un tel parti pris », a lancé le député conservateur Jamie Schmale.

Mme Bennett a répliqué que l’objet de la rencontre visait à trouver une solution sur les questions territoriales, et ne portait pas sur le projet du gazoduc.

Pour sa part, la députée bloquiste Sylvie Bérubé a souligné la lenteur du gouvernement Trudeau à dénouer la crise. Selon elle, il semble qu’Ottawa n’a tiré aucune leçon depuis la crise d’Oka, en 1990. « L’attitude du gouvernement durant cette crise a été similaire à celle de quelqu’un qui n’arrête pas de peser sur le bouton snooze le matin », a-t-elle laissé tomber.