(Québec) Le Port de Montréal se veut rassurant et affirme que « la situation [sur son site] est gérable » pour le moment, malgré le blocus ferroviaire qui perturbe les activités économiques au pays.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Plus tôt en journée, mardi, le premier ministre du Québec, François Legault, a affirmé qu’au « cours des prochains jours, on ne pourra plus recevoir de bateaux au port de Montréal ».

Questionné s’il avait une « date limite » pour que la crise se règle, il a dit qu’elle se situait dans « les prochains jours », ajoutant que « les gens me disent qu’à partir de demain, ça va devenir très, très difficile. »

« Si on n’est plus capable d’accueillir des bateaux au port de Montréal parce qu’on ne sait plus où mettre les conteneurs, on va avoir un sérieux problème avec les bateaux », a-t-il dit.  

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Mais le Port de Montréal, tout comme le syndicat des débardeurs, nuance cette déclaration.  

« C’est certain que la situation devient de plus en plus complexe plus les jours avancent au niveau logistique, […] [mais] on ne voit pas de situation qui nous obligerait à empêcher les bateaux d’arriver ou de repartir à ce stade-ci », a affirmé Mélanie Nadeau, directrice des communications du Port.  

« Cela dit, une partie du service ferroviaire au Port de Montréal est effectivement impactée depuis maintenant une semaine », a-t-elle ajouté.  

Michel Murray du syndicat des débardeurs du Port de Montréal a pour sa part affirmé que « les boîtes circulent » au port, même s’il y a certains ralentissements au niveau de la ligne ferroviaire.  

Legault met de la pression sur Ottawa 

En mêlée de presse, mardi, François Legault a affirmé que « la situation ne fait que s’empirer » depuis le début du blocus ferroviaire. Il s’est également montré insatisfait de la prise de parole de Justin Trudeau à la Chambre des communes.

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François Legault

Si rien ne change, a dit le premier ministre du Québec, « il y a des magasins qui ne seront plus capables de fournir toutes les denrées nécessaires. […] Tout est bloqué actuellement, donc la production est arrêtée dans beaucoup de domaines. »

« Il faut vraiment une action dans les prochaines heures, les prochains jours », a-t-il ajouté

Or, il n’est pas question pour l’instant d’impliquer les forces de l’ordre pour mettre fin au blocus, a prévenu M.  Legault, mardi. À l’instar de Justin Trudeau, il souhaite une sortie de crise pacifique.

« Mais il faut des résultats. Pour l’instant, la situation est rendue très dramatique pour l’économie du Québec », a-t-il poursuivi.

M.  Legault s’est aussi montré ouvert à compenser les entreprises qui paient le prix de la crise actuelle.

« On pourra faire une analyse après le conflit, [analyser les] dommages et qu’est-ce qui sera compensé, mais actuellement […] on est en train de perdre le contrôle », a-t-il ajouté.

« Personne ne bouge, tout le monde a peur »

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, s’est dit « excédé » par l’absence de leadership du gouvernement Trudeau. « Personne ne bouge, tout le monde a peur et pendant ce temps-là, il y a des victimes dans notre économie », a lancé M. Bérubé en mêlée de presse, mardi.

« Certainement que les autochtones ont des droits, mais certainement pas celui de bloquer des voies ferrées […] Est-ce que si ce n’était pas des autochtones, les gens pourraient rester là aussi longtemps ? Bien sûr que non. C’est un [sujet] sensible, mais c’est aussi sensible pour notre économie », a-t-il ajouté.

Il propose que si Ottawa n’arrive pas avec une sortie de crise « d’ici les prochaines heures » que les formations politiques de l’Assemblée nationale tiennent un débat pour déterminer « une proposition commune » sur ce que devrait être la suite. Il refuse à ce stade de se prononcer en faveur d’une intervention policière.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a, pour sa part, soutenu que « ce n’est pas [à elle] de dire aux autochtones ce qui est bon ou pas bon de faire » pour manifester, accusant le gouvernement de Justin Trudeau de « se traîner les pieds » dans le dossier.

« Les autochtones depuis plusieurs décennies tentent de toute sorte façon de nous dire à nous que leurs droits ne sont pas reconnus alors moi, je ne veux pas juger des moyens, l’important c’est que ce soit pacifique », a-t-elle ajouté, refusant de dire si elle cautionnait l’installation de barricades sur les chemins de fer.

« Les autochtones prennent leurs moyens pour nous dire ce qu’ils ont à nous dire, ce n’est pas à nous de juger de ça », a souligné Mme Massé.

Chez les libéraux, on réclame que Québec crée un comité interministériel pour « considérer très rapidement la mise en place de garantie de prêt pour les PME » pour qu’elles puissent « passer à travers cette crise ».

À Ottawa, plus tôt en journée, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a qualifié le blocus ferroviaire qui dure depuis près de deux semaines de « moment charnière pour notre pays et pour notre avenir ».  

C’est l’opposition de la Première Nation Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique, à un projet de gazoduc qui traverserait son territoire ancestral qui est à l’origine de la crise. Les chefs héréditaires de Wet’suwet’en sont opposés au projet, mais les conseils de bande, élus, se sont entendus avec le promoteur de Coastal GasLink, LNG Canada.

- Avec Mélanie Marquis à Ottawa