(Ottawa) La négociation demeure la voie à suivre pour dénouer la crise qui perturbe le service ferroviaire, juge le premier ministre Justin Trudeau.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

« Nous allons continuer à nous concentrer sur une résolution rapide et pacifique de cette situation », a-t-il indiqué en sortant d’une réunion d’urgence à son bureau d’Ottawa, lundi.

Le premier ministre a annulé un déplacement à la Barbade pour rencontrer le Groupe d’intervention en cas d’incident afin d'aborder les perturbations en cours. « Je comprends à quel point c’est préoccupant pour tant de Canadiens et difficile pour de nombreuses personnes et familles à travers le pays », a-t-il indiqué à sa sortie.

À la table se trouvaient plusieurs ministres de son cabinet : Chrystia Freeland (vice-première ministre), Marc Garneau (Transports), Bill Blair (Sécurité publique) et Marc Miller (Services aux Autochtones), notamment.

Très peu de choses ont filtré sur cette rencontre au sommet, qui a été convoquée alors que le premier ministre faisait l’objet de critiques de l’opposition. Mais selon les bribes d’information qu’a fournies Justin Trudeau, il y a eu des échanges avec des premiers ministres et des représentants de communautés autochtones.

Pendant ce temps, le blocus mené par les Mohawks sur le territoire de Tyendinaga se poursuivait lundi près de Belleville, en Ontario. Des manifestants solidaires de la communauté de Wet’suwet’en préparaient des événements de solidarité à travers le pays.

PHOTO LARS HAGBERG, LA PRESSE CANADIENNE

Le blocus mené par les Mohawks sur le territoire de Tyendinaga se poursuivait lundi près de Belleville, en Ontario.

C’est l’opposition de cette Première Nation de la Colombie-Britannique à un projet de gazoduc qui traverserait son territoire ancestral qui est à l’origine de la crise. Les chefs héréditaires de Wet’suwet’en sont opposés au projet, mais les conseils de bande, élus, se sont entendus avec le promoteur de Coastal GasLink, LNG Canada.

« Il faut se donner des limites », dit Legault

Le premier ministre François Legault a réitéré lundi que Justin Trudeau « doit s’impliquer » pour dénouer l’impasse, mais a aussi précisé que le premier ministre du Canada devra « se donner des limites » pour intervenir.

« Je comprends qu’il faut [agir] en discutant avec les Premières Nations, mais actuellement, il commence à avoir des pénuries dans certains secteurs. Cela a un impact très important sur notre économie » et celle de l’Ontario, a-t-il expliqué à Montréal en marge de l’annonce d’une entente historique avec la Nation crie.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le grand chef du Grand conseil des Cris, Abel Bosum, et le premier ministre du Québec, François Legault.

À ce sujet, le grand chef du Grand conseil des Cris, Abel Bosum, a offert son support aux manifestants autochtones à travers le pays, sans pour autant cautionner les actions entreprises. « C’est ce qui arrive lorsqu’on n’écoute pas et que l’on décide d’aller de l’avant avec un projet sans consentement », a exprimé le chef.

« C’est une leçon à apprendre. J’espère que les gouvernements à travers le Canada vont comprendre qu’il y a de meilleure façon d’inclure les Premières Nations » dans le développement économique, a-t-il ajouté prenant exemple sur l’entente de type Paix des Braves 2.0 que sa nation vient de conclure avec Québec.

« Les peuples des Premières Nations ne sont pas vos ennemis, ils sont vos alliés les plus importants », a également affirmé le grand chef Bosum.

Trudeau sous pression

Le premier ministre Trudeau fait face à une pression politique croissante pour mettre fin aux perturbations.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, s’est entretenu dimanche avec M.  Trudeau ; dans un communiqué, il a exhorte le gouvernement fédéral à « prendre des mesures immédiates et fournir des détails sur un plan clair pour garantir la fin de ce problème national ».

Le chef conservateur Andrew Scheer a déclaré la semaine dernière que Justin Trudeau devrait demander au ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, d’utiliser son pouvoir en vertu de la Loi sur la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour mettre fin aux « blocus illégaux ».

À cela, le premier ministre a répondu que le Canada n’était pas un pays « où les politiciens peuvent dire à la police quoi faire en matière opérationnelle ».

La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, devait rencontrer lundi son homologue de la Colombie-Britannique, Scott Fraser. Elle s’est également dite prête à rencontrer les chefs héréditaires de Wet’suwet’en, s’ils le veulent bien.

Samedi, son collègue Marc Miller a rencontré pendant plusieurs heures des représentants de la nation mohawk. À l’issue de la réunion, il a évoqué des « progrès modestes ».

Rappelant les crises d’Oka et d’Ipperwash, le ministre Miller a expliqué dimanche en entrevue au réseau CTV que le dialogue était préférable à l’intervention policière.

- Avec La Presse canadienne