(Ottawa et Québec) Alors que le blocage ferroviaire continue de perturber la circulation sur rail au pays, Justin Trudeau maintient qu’il préconise la négociation. À Ottawa, l’opposition le somme de rentrer au pays. Et à Québec, le gouvernement Legault a obtenu la mise sur pied d’un comité de coordination.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Le premier ministre Trudeau, qui se trouvait au Sénégal, mercredi, a assuré qu’il suivait la situation de près. « Je reçois régulièrement de l’information sur ce qui est en train de se passer », a-t-il dit en conférence de presse, appelant « toutes les parties à travailler en dialogue pour résoudre cet enjeu très rapidement ».

« Nous sommes évidemment très fiers du fait qu’au Canada, on est une démocratie qui reconnaît, qui va toujours défendre, le droit de manifester de façon paisible, mais nous sommes aussi un pays de la règle de droit, et c’est important que toutes ces lois soient respectées », a-t-il noté.

Son ministre des Transports Marc Garneau a tenu des propos similaires, prenant tout de même la peine de préciser dans un communiqué que « des injonctions ont été obtenues par le CN [Canadien national] afin que le service puisse reprendre », et que ces ordres de cour devaient « être respectés ».

La vice-première ministre Chrystia Freeland s’est par ailleurs frottée à des manifestants qui appuient la Première Nation Wet’suwet’en alors qu’elle se rendait à une rencontre avec le maire de Halifax. On a tenté de l’empêcher de s’y rendre, mais la réunion a finalement eu lieu comme prévu.

L’opposition mécontente

Les partis d’opposition, eux, critiquent de diverses manières la gestion du dossier par le gouvernement libéral.

Au Parti conservateur, le chef Andrew Scheer a condamné les blocages et exhorté Justin Trudeau à en faire de même. « Ces activistes empiètent sur le droit des gens d’aller travailler et chercher leurs enfants. Ils empiètent sur le droit des petites entreprises de recevoir leurs livraisons à temps. Ils empiètent sur le droit des travailleurs de l’énergie en les empêchant de faire une simple journée de travail. Ces blocages illégaux doivent cesser », a-t-il déclaré par voie de communiqué.

Dans le camp néo-démocrate, le chef Jagmeet Singh a exhorté Justin Trudeau à couper court à son voyage à l’étranger – le premier ministre doit rentrer au pays vendredi – et pour témoigner de son soutien à l’endroit de la Première Nation de Wet’suwet’en, de la Colombie-Britannique, qui s’oppose au projet de gazoduc GasLink, et dont le combat a mené à des mobilisations d’appui aux quatre coins du pays.

« C’est déchirant de voir des matriarches autochtones traînées hors de leurs terres, a-t-il écrit mercredi matin sur Twitter. Après des siècles de colonialisme, la voie à suivre n’est pas facile, mais refuser de parler et prétendre que le gouvernement fédéral n’a pas de rôle à jouer est un échec de leadership. »

Le Bloc québécois a également accusé les libéraux de se déresponsabiliser : « Le ministre Garneau nous dit que c’est aux provinces de faire respecter les injonctions, pourtant c’est sa responsabilité d’assurer la bonne marche du trafic ferroviaire. Une cellule de crise doit être mise en place rapidement avec les provinces », a déclaré le député Xavier Barsalou-Duval par voie de communiqué.

Comité créé à Québec

À la demande du ministre québécois des Transports, François Bonnardel, le fédéral a accepté de créer un « comité de coordination » entre les deux paliers de gouvernement, afin d’assurer un meilleur suivi de la situation.

Le lieutenant québécois du gouvernement Trudeau, Pablo Rodriguez, en a fait l’annonce mercredi après-midi au terme d’une rencontre avec M. Bonnardel, à Québec. « Ce n’est pas une cellule de crise, c’est un comité de coordination, de suivi, qui va nous permettre de traiter du dossier à la minute près », a très brièvement précisé M. Rodriguez.

Le ministre Bonnardel a salué la décision d’Ottawa tout en rappelant qu’une solution pour dénouer l’impasse devra être identifiée « très rapidement ». « Il faut prendre la situation au sérieux, c’est quand même des liens économiques immensément importants [les chemins de fer], il pourrait y avoir des pénuries importantes au cours des prochains jours », a-t-il soulevé en mêlée de presse. « On ne peut pas jaser très, très longtemps. »

Le ministre Bonnardel estime que c’est à Ottawa de prendre les commandes pour accompagner les provinces au cours du litige. « C’est le gouvernement fédéral qui chapeaute toutes les provinces, oui nous avons notre autonomie, mais au-delà de tout ça, on a un problème important […] et le fédéral doit bien le comprendre et travailler avec nous pour être capable de le résoudre. Ce n’est pas vrai qu’on va nous demander demain matin de résoudre une solution au Québec qui n’a pas été causée par nous », a-t-il ajouté.