(Toronto) La famille d’une dissidente pakistanaise de renommée internationale réclame une enquête approfondie sur sa mort, disant avoir du mal à accepter la conclusion de la police de Toronto selon laquelle elle se serait enlevé la vie.

Colin Perkel
La Presse Canadienne

Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, mercredi, Sameer Mehrab a tenu à souligner que ses proches ne peuvent pas démontrer que sa sœur, Karima Mehrab, a été victime d’un acte criminel, mais il leur semble néanmoins invraisemblable qu’elle se soit suicidée dans les eaux glaciales du lac Ontario.

« La police dit que c’est comme un suicide typique, rapporte-t-il. Nous ne suggérons pas quoi que ce soit, mais nous voulons rester ouverts à d’autres possibilités en raison des menaces qu’elle recevait. »

Des publications en ligne montrent des centaines de manifestants qui se sont rassemblés dans la région pakistanaise du Balouchistan, mercredi, pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme le meurtre de leur camarade.

La police de Toronto a rendu peu de détails publics sur ce qui est arrivé à la militante de 37 ans, aussi connue sous le nom de Karima Baloch, qui avait trouvé refuge au Canada en 2015. Elle était impliquée au sein de la lutte souvent violente pour le séparatisme baloutche et elle avait continué à militer au Canada.

Les policiers disent être au fait des soupçons entourant la mort de Mme Mehrab, mais ils maintiennent n’avoir trouvé aucune circonstance suspecte depuis que sa dépouille a été repêchée lundi.

« Le Service de police de Toronto est conscient de l’intérêt accru de la communauté et des médias autour de l’enquête sur une personne disparue », a déclaré le corps policier dans un communiqué mercredi, en réitérant toutefois que cette mort est considérée comme « non criminelle ».

Toujours selon son frère, les proches de Mme Mehrab n’ont pas réussi à convaincre les enquêteurs de se pencher sur les menaces reçues par son mari et elle.

D’après les informations de la famille, Karima Mehrab était nerveuse à l’approche d’un examen en économie qu’elle devait passer à sa première année à l’Université de Toronto. Son médecin lui avait prescrit des médicaments bénins pour l’aider à dormir, précise son frère, mais le médecin n’aurait constaté aucun signe de dépression grave.

Elle n’a laissé aucune note et rien n’indique qu’elle comptait se faire du mal, souligne son frère, lui aussi un réfugié établi à Toronto.

Sameer Mehrab a travaillé pendant des années au Moyen-Orient avec un autre dissident pakistanais ayant dû s’exiler, Sajid Hussain, qui était rédacteur en chef du « Balochistan Times ». Il a été retrouvé sans vie plus tôt cette année dans une rivière en Suède. La police locale avait alors déclaré que sa mort pourrait être un accident ou un suicide, sans écarter la possibilité d’un acte criminel.

Le gouvernement canadien a exprimé mardi ses condoléances pour la mort de Karima Mehrab, mais a refusé de faire d’autres commentaires sur cette affaire.