Le racisme peut être subtil, mais reste bien présent, ont dit à La Presse des hommes et des femmes de la communauté noire. Et, oui, la discrimination systémique existe, estiment-ils, contrairement à ce qu’affirme le premier ministre François Legault.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Marc-Edouard Joubert

Marc-Edouard Joubert, 53 ans

« Quand tu sors, apporte tous tes papiers, et ne leur donne pas une raison de te coller. » C’est le conseil que Marc-Edouard Joubert a donné maintes fois à ses fils, aujourd’hui âgés de 25 et 28 ans. « Si le jeune est noir, les chances qu’on vérifie son identité sont plus grandes. Et tout le monde sait que ça pourrait dégénérer », affirme l’homme, président du Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

Dire que le racisme est moins présent ici qu’ailleurs n’aide en rien, souligne-t-il. « On est capables de comprendre qu’au Québec, ce n’est pas comme dans les États du sud des États-Unis ou à Rio, explique-t-il. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas évoquer le racisme systémique. »

Au-delà d’actes violents médiatisés, ce sont les différences de traitement constatées qui confirment sa vision. Un logement soudainement libre quand le candidat est un ami blanc, par exemple. « Quand tu te le fais faire à répétition, ça laisse d’autres torts, et ce type de discrimination, que François Legault le veuille ou non, ça existe au Québec. »

PHOTO FOURNIE PAR ROSE MONDO

Rose Mondo

Rose Mondo, 33 ans

« Au Québec, le racisme est moins frontal qu’en Europe, mais plus vicieux », juge Rose Mondo. Pharmacienne adjointe, la mère d’un garçon de 12 ans et d’une fille de 6 ans a grandi en Belgique. La famille s’est installée à Montréal il y a quatre ans.

Le racisme passe souvent par des microagressions, des remarques à l’école, l’utilisation de comparatifs animaux par un enseignant pour parler de son fils, les attentes différentes. Au travail, aussi. « En me faisant dire : tu n’es pas aussi fainéante que les autres Noires », illustre-t-elle.

Elle a expliqué le racisme à ses enfants alors qu’ils étaient encore jeunes. « Dès le jour où l’enfant découvre qu’il est Noir, explique-t-elle. Son premier ‟tu es Noir” ou ‟sale Noir”, il l’entend dans la cour d’école. Il découvre qu’être Noir est souvent considéré comme négatif. »

Le racisme systémique n’est pas toujours flagrant, mais il est là, assure-t-elle.

« Tout le monde n’est pas obligé de comprendre, mais que quelqu’un d’autre veuille m’expliquer ma propre souffrance, c’est déplacé », conclut-elle.

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Gilles Lezi

Gilles Lezi, 40 ans

Gilles Lezi est originaire de Montréal, mais habite Saint-Eustache depuis une douzaine d’années. Il estime y avoir vécu un nombre restreint d’incidents racistes. N’empêche, la conscience du racisme reste toujours présente.

« La première chose, c’est l’habillement, dit l’éducateur spécialisé. Il faut que je fasse attention ; que j’aille à l’épicerie, à l’école, il ne faut pas que j’aie l’air d’une menace. » Un chandail à capuchon, une casquette ? « C’est vu d’une façon différente sur un homme noir et un homme blanc », témoigne-t-il.

Il estime que pour vaincre le racisme, il faudrait des lois pour assurer une bonne représentation des minorités dans différentes sphères, comme la politique et les services policiers. « C’est difficile pour un monsieur blanc de 70 ans de comprendre les besoins d’un jeune Noir », dit le père de deux garçons de 7 et 10 ans.

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Elvira Kamara

Elvira Kamara, 35 ans

Elvira Kamara a accouché d’un garçon il y a quatre mois. Pendant sa grossesse, elle était angoissée. « C’est un petit garçon noir qui va évoluer en Occident, a dit l’agente administrative. Il va rencontrer le racisme quand il va rentrer à l’école, on est tous passés par là. Est-ce qu’il va avoir tous les outils ? »

Il existe beaucoup de « nuances » de racisme, mais la première étape devrait être de s’éduquer, insiste-t-elle. La responsabilité de lutter contre le racisme ne devrait plus appartenir aux Noirs, dit-elle. « On a marché, on a parlé, on s’est battus, c’est vraiment plus à nos alliés, aux Blancs de s’interposer maintenant, c’est le temps qu’ils prennent la parole pour confronter [le racisme]. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Christopher Julien

Christopher Julien, 33 ans

Une blague, si elle est raciste, n’est pas une blague : « Elle maintient le statu quo », dit Christopher Julien, un Montréalais qui travaille dans les télécommunications. « Ce n’est pas suffisant de ne pas être raciste », explique l’homme de 33 ans, qui a participé à la manifestation de dimanche dernier.

Les alliés blancs doivent intervenir, que ce soit devant un commentaire raciste ou en s’arrêtant pour filmer une intervention policière contre une personne racisée, croit-il.

Il considère qu’il y a des avancements, au Québec, mais qu’il y a aussi « beaucoup de déni ».

« Il y a un déni des problèmes sociaux au Québec », dit-il.

Modification: ce texte a été modifié de sa version publiée dans La Presse+ pour préciser le titre de Marc-Edouard Joubert au Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.