Des défenseurs des droits de la personne critiques de la Chine qui disent être la cible, sur le sol canadien, d’actes d’intimidation et de harcèlement orchestrés par le régime communiste demandent au gouvernement fédéral d’agir pour les protéger.

MARC THIBODEAU MARC THIBODEAU
La Presse

Une coalition d’organisations non gouvernementales a affirmé mardi lors d’une conférence de presse virtuelle qu’Ottawa s’était traîné les pieds dans ce dossier depuis la sortie d’un premier rapport en 2017 et avait contribué à aggraver la situation en donnant à Pékin un sentiment d’impunité.

La directrice générale de la section francophone d’Amnistie internationale Canada, France-Isabelle Langlois, a indiqué que plusieurs militants « ne prennent plus la peine de rapporter ce type d’incident aux autorités » aujourd’hui parce qu’ils pensent que ça ne servira à rien.

Gloria Fung, de l’association Canada-Hong Kong, a témoigné qu’elle attendait toujours des suites aux actions agressives de contre-manifestants prochinois survenues lors d’un évènement tenu à Toronto en août 2019 pour soutenir le mouvement pro-démocratie dans l’ex-colonie anglaise.

Des partisans du régime communiste ont empêché les membres de son groupe de circuler malgré les demandes de la police et ont multiplié les menaces et les actes d’intimidation.

Des contre-manifestations de même nature ont été tenues le même jour dans plusieurs autres grandes villes du pays, a relevé Mme Fung, qui y voit le signe d’une action coordonnée par les autorités chinoises.

« Ce n’était pas spontané », souligne la militante, qui dit avoir été la cible de nombreuses menaces et de tentatives d’espionnage électronique au cours des dernières années.

Les Canadiens devraient être capables d’exercer leur liberté d’expression en sol canadien sans avoir peur.

Gloria Fung, de l’association Canada-Hong Kong

Même son de cloche de la part de Chemi Lhamo, du Comité Canada-Tibet, qui a aussi subi les foudres de défenseurs du régime chinois pour ses critiques envers Pékin.

« Il ne fait aucun doute que la Chine est en mission globalement pour faire taire les critiques de son bilan en matière des droits de la personne », relève-t-elle.

L’année dernière, la jeune femme a été bombardée de messages hostiles alors qu’elle sollicitait un mandat comme dirigeante étudiante à l’Université de Toronto.

Elle a reçu des menaces de mort qui ciblaient aussi sa mère et a été prise à partie par des étudiants chinois sur le campus.

Ces incidents, déplore-t-elle, n’ont mené à aucune sanction. « À titre d’étudiante, est-ce que c’est trop demander de pouvoir suivre ses cours dans un établissement sécuritaire ? », a-t-elle déclaré mardi.

Services de renseignement

Mehmet Tothi, qui dénonce le traitement réservé aux Ouïghours par le régime chinois, a souligné que plusieurs militants membres de son organisation avaient reçu au Canada des appels de membres des services de renseignement chinois les sommant de se taire.

Le régime menace souvent de s’en prendre aux membres de la famille restés en Chine pour parvenir à ses fins, souligne M. Tothi, qui presse Ottawa de passer à l’action dans ce dossier.

Le groupe d’ONG réunis au sein de la Coalition canadienne pour les droits humains en Chine souhaiterait que le gouvernement fédéral mène une enquête pour documenter l’importance du phénomène et étudie les avenues législatives possibles pour que toute ingérence étrangère de ce type soit dûment sanctionnée.

Il lui demande par ailleurs de faire pression sur Pékin sur le plan diplomatique pour décourager ce type d’action.

Le ministère des Affaires étrangères a indiqué mardi dans un courriel que les allégations selon lesquelles des critiques de la Chine sont harcelés sur le sol canadien par des agents étrangers « sont prises très au sérieux » et doivent être signalées aux autorités policières.

Il est « de la plus haute importance » que les personnes vivant au Canada « soient en sécurité et que nos institutions soient respectées », relève Ottawa, qui promet de « saisir toutes les occasions » pour rappeler à la Chine de respecter ses obligations internationales en matière de droits de la personne.