(Montréal) L’organisme Reporters sans frontières (RSF) estime que le classement mondial de la liberté de la presse 2020 qu’il dévoile mardi démontre que la crise de la COVID-19 met en lumière et amplifie les menaces au droit à une information libre, indépendante, pluraliste et fiable.

Jean-Philippe Denoncourt
La Presse canadienne

À ce classement annuel de 180 pays, le Canada figure cette année au 16e rang

Reporters sans frontières observe une corrélation évidente entre la répression de la liberté de la presse à l’occasion de l’épidémie de coronavirus et la place des pays à son classement mondial.

Le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, soutient que la crise sanitaire est l’occasion pour des gouvernements autoritaires de profiter de la neutralisation de la vie politique, de la sidération du public et de l’affaiblissement de la mobilisation pour imposer des mesures impossibles à adopter en temps normal.

Reporters sans frontières a constaté que la Chine (177e au classement) et l’Iran (173e), foyers de l’épidémie de COVID-19, ont mis en place des dispositifs de censure massifs. En Hongrie (89e), le premier ministre Viktor Orbán a fait voter une loi qui prévoit des peines allant jusqu’à cinq ans de prison pour la diffusion de fausses informations, un moyen de coercition totalement démesuré, selon RSF.

En 2020, la Norvège maintient pour la quatrième année consécutive sa place de premier au classement tandis que la Finlande conserve sa deuxième position. Le Danemark est classé au troisième rang, en raison d’une baisse de la Suède (4e) et des Pays-Bas (5e), confrontés à une recrudescence de cas de cyberharcèlement.

À l’autre extrême, la Corée du Nord (180e) ravit la toute dernière place au Turkménistan, tandis que l’Érythrée (178e) reste le pire représentant du continent africain. Le Mexique est en 143e place et la Russie, au 149e rang.

Le Canada est passé de la 18e place en 2019 à la 16e cette année. Reporters sans frontières évoque la lutte juridique de la journaliste de Radio-Canada Marie-Maude Denis pour ne pas avoir à révéler ses sources confidentielles dans une affaire de corruption politique sur laquelle elle enquêtait. La Cour suprême du Canada lui a donné raison l’automne dernier.

Le litige implique Marc-Yvan Côté, soupçonné d’être au centre d’un système de financement politique occulte en échange de contrats accordés à des firmes d’ingénierie. Il soutient que des reportages de Mme Denis à son sujet comportaient des éléments de preuve de l’enquête policière qui avaient été divulgués par une source confidentielle. M. Côté a allégué que cette fuite d’information l’empêchait d’être jugé de façon juste et équitable.

Les États-Unis ont aussi fait un peu de progrès au classement de RSF, de la 48e à la 45e place. En revanche, la France a perdu deux rangs, de la 32e à la 34e place.

En 6e place figure la Jamaïque qui, selon RSF, est l’un des pays qui respectent le plus la liberté d’information.

Le degré de liberté dont jouissent les journalistes dans 180 pays est déterminé grâce à l’accumulation de réponses d’experts à un questionnaire proposé par Reporters sans frontières. Ce questionnaire aborde notamment le pluralisme, l’indépendance des médias, l’environnement et l’autocensure, le cadre légal, la transparence et la qualité des infrastructures soutenant la production de l’information.

Un relevé quantitatif des violences commises contre les journalistes sur la période est ensuite ajouté pour établir le classement.