(Ottawa) La contribution du Canada au maintien de la paix a de nouveau atteint un creux historique après la fin de sa mission au Mali, ce qui suscite de nouvelles accusations d’hypocrisie ainsi que des inquiétudes quant à la candidature du pays à un siège au Conseil de sécurité des Nations unies.

Lee Berthiaume
La Presse canadienne

Les données des Nations unies révèlent que le Canada comptait 49 policiers et militaires qui participaient à des opérations de maintien de la paix à la fin du mois de septembre, ce qui représente un net recul puisqu’ils étaient 128 un mois plus tôt.

Cette chute coïncidait avec la fin de la mission canadienne au Mali, où des équipages d’hélicoptères canadiens assuraient des évacuations médicales d’urgence et un soutien logistique depuis août 2018.

Le résultat ? Le Canada ne comptait que neuf personnes de plus en uniforme déployée à l’ONU que les 40 membres qui étaient actifs en mai 2018, soit le plus faible nombre depuis 1956.

Au 30 septembre, seuls 29 militaires des Forces armées canadiennes et 20 policiers étaient en mission.

Les données des Nations unies n’incluent pas les 20 militaires des Forces canadiennes dont l’avion de transport a parfois contribué à transporter des troupes et du matériel d’une base des Nations unies en Ouganda vers des missions de maintien de la paix au Soudan du Sud et en République démocratique du Congo depuis le mois d’août.

Cependant, même en ajoutant ces personnes qui ne sont pas liées à l’ONU, mais prêtées jusqu’à cinq jours par mois, le nombre de militaires et de policiers canadiens en mission de maintien de la paix demeure moins de la moitié de celui que le Canada avait lorsque les libéraux de Justin Trudeau sont arrivés au pouvoir en 2015.

Ironiquement, les libéraux avaient promis à l’époque de se recentrer sur le maintien de la paix des Nations unies — un engagement qu’ils ont réitéré durant la campagne électorale de l’automne sans fournir de détails.

« Nous renouvellerons l’engagement du Canada envers le maintien de la paix et nous mettrons à profit l’expertise de nos forces armées pour aider d’autres pays à se préparer aux catastrophes naturelles », lit-on dans la plateforme électorale de 2019 du Parti libéral.

« Les opérations de maintien de la paix partout au monde apportent de l’aide et donnent de l’espoir à des millions de personnes touchées par des conflits en plus de servir les intérêts du Canada, poursuivait la plateforme. Un monde pacifique est un monde plus sécuritaire et plus prospère pour tous. »

Les données de l’ONU indiquent une fois de plus que le gouvernement libéral fait preuve d’hypocrisie lorsque vient le temps de mesurer ses engagements en matière de maintien de la paix, a tranché Walter Dorn, un professeur au Collège des Forces canadiennes et l’un des principaux experts canadiens en matière de maintien de la paix.

Il est également d’avis que l’incapacité du Canada à contribuer de façon plus importante à l’ONU nuira en fin de compte à sa candidature en vue d’obtenir un siège au Conseil de sécurité l’an prochain, étant donné que l’apport au maintien de la paix est l’un des éléments examinés par les membres selon la Charte des Nations unies.

« Nous ne pouvons pas faire valoir que nous contribuons aux opérations de l’ONU en matière de paix et de sécurité si nous n’avons pas des ressources sur le terrain et que nous ne sommes pas fortement présents dans le maintien de la paix », a-t-il souligné.