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Sondage: les Québécois ni souverainistes, ni fédéralistes

Louise Leduc
La Presse

Plus nombreux que jamais à s'inquiéter pour la survie du français, les Québécois ne se définissent majoritairement ni comme souverainistes ni comme fédéralistes.

Six instituts de recherchebrossent le portrait de Québécois, mais aussi de Canadiens en général, qui s'identifient de plus en plus à leur province plutôt qu'au pays.

« La question nationale semble s'être évaporée »

Alors que la souveraineté était à l'origine un mouvement porté par les jeunes, à peine 18 % des Québécois francophones de 18 à 24 ans se décrivent aujourd'hui comme souverainistes.

En fait, ces jeunes Québécois semblent rejeter les deux pôles : trois sur quatre affirment qu'ils ne sont ni franchement fédéralistes, ni franchement souverainistes. Ils se disent « entre les deux » ou « ni l'un ni l'autre ».

Tous âges confondus, 54 % se disent « entre les deux », « ni l'un ni l'autre » ou ne le savent pas ; 23 % des Québécois sondés se disent surtout fédéralistes et une proportion identique se décrivent comme souverainistes.

C'est entre autres ce qui ressort d'une étude commune de six instituts de recherche intitulée La confédération de demain : un sondage des Canadiens1.

Au total, peut-on lire, 55 % des Québécois sondés croient fortement ou assez fortement que l'idée de la souveraineté est aujourd'hui dépassée, une proportion qui a peu fluctué depuis le début du millénaire.

Selon cette étude - la première d'une série de trois -, les Québécois ne se retrouvent pas dans l'idée d'un Québec indépendant, mais ils ne semblent pas trouver davantage leur compte dans le Canada.

« Les Québécois ne sont pas plus susceptibles aujourd'hui qu'ils ne l'étaient au lendemain du référendum de 1995 de dire que leur province est traitée avec le respect qu'elle mérite au Canada, ou de croire que le fédéralisme canadien revêt plus d'avantages que de désavantages pour le Québec », est-il écrit.

Ainsi, 46 % des Québécois sont très d'accord ou d'accord avec l'idée que le fédéralisme canadien a plus d'avantages que de désavantages. (C'est toutefois plus qu'en Alberta et en Saskatchewan, où seulement 33 % des citoyens trouvent que le fédéralisme les sert bien - un signe de l'accentuation récente du sentiment d'aliénation dans l'ouest du pays.)

Ce qui frappe Andrew Parkin, coauteur de l'étude, c'est que la question nationale semble s'être évaporée alors même qu'il n'y a eu aucune résolution du problème et que le ressentiment est toujours bien présent.

La sociologue Claire Durand, spécialiste des sondages, rappelle pour sa part que les deux tiers des jeunes ont voté pour la Coalition avenir Québec (CAQ) ou Québec solidaire. « Pour tous ceux qui ont voté pour Québec solidaire, la question importante, c'est l'environnement. »

Inquiets pour la langue

Les Québécois se montrent dans l'étude plus inquiets que jamais par rapport à la survie de leur langue.

Chez les Québécois francophones, 7 répondants sur 10 croient que la langue française est menacée, un bond de 10 points de pourcentage par rapport à 2001.

Et cela est surprenant dans la mesure où habituellement, note-t-on dans le rapport, l'attrait de la souveraineté a toujours été fortement corrélé à l'inquiétude que l'on a pour la survie du français.

Encore aujourd'hui, pour les Québécois, « c'est touche pas à ma langue », constate Alain-G. Gagnon, coauteur de l'étude et professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal.

« J'ai le sentiment que le jour où la langue française serait de nouveau menacée, l'appui à la souveraineté pourrait de nouveau reprendre de la vigueur, poursuit M. Gagnon. Les Québécois apparaissent faciles à être mobilisés autour de cet enjeu et il est surprenant que le Parti québécois et la CAQ ne misent pas là-dessus plutôt que sur des chartes de valeurs », dit-il.

Selon Simon Langlois, professeur émérite de sociologie à l'Université Laval, le fait que Philippe Couillard ait été jugé si peu enthousiaste à défendre l'identité québécoise a sans doute contribué à sa défaite.

« De plus en plus, on note que les Québécois peuvent très bien ne pas être souverainistes, mais inquiets pour l'avenir de la langue, ajoute-t-il. D'autant que le débat sur l'immigration et sur l'intégration des nouveaux arrivants a toujours tendance à se cristalliser autour de la langue au Québec. »

Il reste que cette inquiétude par rapport à l'avenir du français est beaucoup plus vive chez les plus âgés. Au total, 73 % des Québécois francophones de 55 ans et plus disent que la langue est un facteur important de leur identité. Chez les 18 à 24 ans, ils ne sont plus que 44 % à penser de la même façon.

Palmarès de la grogne au pays

Pas moins de 71 % des Albertains disent que leur province n'est pas traitée avec le respect qu'elle mérite. Ils arrivent au premier rang des mécontents, suivis de près par les résidants de Terre-Neuve-et-Labrador (69 %).

La grogne est aussi très élevée dans les Territoires du Nord-Ouest (68 % pensent de la même façon), en Saskatchewan (59 %) et au Manitoba (51 %). À cette question, les résultats au Québec s'apparentent à ceux du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.

Près de 7 Albertains sur 10 pensent aussi que leur province reçoit moins que sa juste part des subsides fédéraux. C'est aussi l'opinion de 68 % des gens de la Saskatchewan et de 65 % des citoyens de Terre-Neuve-et-Labrador.

Au Québec, seulement 34 % pensent que la province reçoit moins que sa juste part.

Andrew Parkin, coauteur, ne s'étonne pas tant du mécontentement de Terre-Neuve, qui ne date pas d'hier. Le changement d'humeur en Alberta lui apparaît plus frappant. « C'est une chose de ne pas se sentir respecté par le gouvernement central quand tout va bien économiquement. Mais à l'heure actuelle, les difficultés économiques de l'Alberta lui amènent un sentiment de faiblesse et, partant, un ressentiment encore plus fort envers Ottawa. »

Attachement au pays, identité et valeurs

Les Québécois ne sont peut-être plus très fédéralistes ni très souverainistes, mais Québécois ils sont. Pas moins de 62 % disent qu'ils s'identifient d'abord comme Québécois ou uniquement comme Québécois (alors que cette proportion était de 49 % en 2003). Comme d'habitude, les Terre-Neuviens sont, après les Québécois, ceux qui ont le moins tendance à s'identifier comme Canadiens.

Cet attachement grandissant à sa province plutôt qu'au pays est aussi manifeste au Canada dans son ensemble. Au pays, 40 % des Canadiens disent que leur identité est d'abord ou uniquement canadienne, alors que c'était le cas de 49 % des Canadiens il y a 16 ans.

« Avec l'arrivée de Donald Trump au pouvoir aux États-Unis, on aurait pu penser que les gens se seraient sentis de plus en plus "Canadiens", mais ce n'est pas le cas », dit Andrew Parkin.

En fait, « avec le temps, les cultures politiques provinciales se renforcent et on commence à voir émerger un pays qui se décompose vraiment en 10 provinces », ce qui augmente la difficulté de gouverner un tel pays, à son avis.

Partage-t-on à tout le moins des valeurs communes ? Les Ontariens sont beaucoup de cet avis (67 % sont absolument ou plutôt d'accord avec cette idée), et là-dessus, même Terre-Neuve, à 60 %, pense de la même façon.

Tout indique, selon le politologue Alain-G. Gagnon, que « la plupart des Canadiens demeurent malgré tout d'accord sur l'importance des services publics, comme un bon accès à des soins de santé, par exemple ».

Mais encore une fois, c'est le Québec (45 %) qui croit le moins en un partage de valeurs communes à l'échelle du pays.

1. Les six instituts de recherche sont l'Environics Institute for Survey Research, le Mowat Centre, la Canada West Foundation, le Centre d'analyse politique - Constitution et fédéralisme, l'Institute for Research on Public Policy et le Brian Mulroney Institute of Government.

Méthodologie

Aux fins de cette recherche, un sondage d'opinion publique pancanadien a été effectué entre le 14 décembre 2018 et le 16 janvier 2019. Il a été mené en ligne (pour les provinces) et par téléphone (pour les territoires) auprès d'un échantillon de 5732 Canadiens. L'échantillon de l'enquête a été stratifié afin d'obtenir une représentation significative dans les 13 provinces et territoires, ainsi qu'avec les peuples autochtones du pays (Premières Nations, Métis et Inuits).




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