L'ex-gouverneure générale Michaëlle Jean appelle à l'indulgence des autorités canadiennes en matière d'immigration.

LA PRESSE CANADIENNE

Lors d'un entretien présenté dans le cadre du festival Fondu au Noir, à la Grande Bibliothèque de Montréal, samedi, l'ancienne secrétaire générale de la Francophonie a exposé son propre récit d'immigration, de son enfance « formatrice » sous le régime de Duvalier père, jusqu'à son arrivée à Thetford Mines à l'âge de 11 ans, en plein coeur de l'hiver québécois.

« Fuir n'était pas un choix. Il y a eu déchirement. Mon père avait été cassé par la torture », a-t-elle raconté.

L'ancienne envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti a saisi l'occasion pour interpeller les responsables du traitement des demandes d'asile.

« Soyez conscients d'une chose : il est possible que le papier que vous présente cette personne qui doit fuir la dictature, la violence, la guerre, la répression vous semble trafiqué », a-t-elle relevé.

« C'est une question de vie ou de mort », a-t-elle enchaîné, admettant que son propre acte de naissance avait été falsifié pour assurer sa sécurité avant son départ d'Haïti.

Interviewée par la fondatrice du festival, Fabienne Colas, l'ex-chef d'antenne à Radio-Canada a insisté sur le caractère parfois « humiliant » de l'immigration.

« Dans l'exil, il y a aussi le mépris, a-t-elle souligné. Être dans cette situation où on vous regarde et on vous pose des questions qui semblent insensées parce qu'on ne comprend pas d'où vous venez. »

Elle a expliqué avoir entamé une carrière comme journaliste, présentatrice et animatrice à la télévision pour les mêmes raisons qui l'ont poussée à accepter de devenir chef d'État de facto du Canada, soit « pour marquer les esprits, pour faire bouger les lignes ».

« Je connais la force du symbole », a lancé celle qui s'est donné pour mission d'« ouvrir un horizon du possible » pour la communauté afro-descendante.

Face au racisme, elle se dit éternellement militante.