Malgré la vague d'homicides touchant Toronto, les grandes villes canadiennes demeurent sécuritaires, souligne un criminologue. Les centres urbains du pays affichent un taux d'homicides plus faible que dans les régions rurales ainsi que par rapport aux autres grandes villes du monde.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

Depuis le début de 2018, Toronto a enregistré 55 homicides, soit plus du double qu'à la même période l'an dernier. La Ville Reine pourrait ainsi dépasser son triste record de 1991, alors que 89 personnes avaient été victimes d'un meurtre.

« Le taux d'homicides de Toronto [1,47 par 100 000 habitants] est quand même relativement bas », nuance toutefois Marc Ouimet, professeur à l'École de criminologie de l'Université de Montréal.

Une nouvelle étude sur la criminalité publiée hier par Statistique Canada démontre en effet que la métropole canadienne affiche un meilleur bilan que plusieurs autres villes du pays. C'est en effet Thunder Bay, en Ontario, qui détient le titre de capitale du meurtre, avec un taux de 5,8 homicides par 100 000 habitants. Plusieurs villes de l'Ouest, dont Edmonton (3,49), Regina (3,15), Winnipeg (2,96) et Vancouver (2,02), affichent aussi des taux nettement plus élevés.

Les données de Statistique Canada permettent également de constater que la prévalence des meurtres est globalement plus importante dans les régions éloignées du pays. Le taux d'homicides des 33 grands centres urbains du pays s'est établi à 1,64 l'an dernier, contre 2,15 dans les régions rurales.

Reste que le maire de Toronto, John Tory, n'a pas tort quand il parle d'un problème d'armes à feu dans sa ville. Une autre étude de Statistique Canada constatait que la métropole canadienne affichait l'un des taux les plus élevés de crimes impliquant des armes à feu, soit 33 par 100 000 habitants. La Ville Reine était tout de même dépassée par Regina, Winnipeg, Moncton et Edmonton.

John David Mercer, archives USA TODAY Sports

Toronto

Ben Nelms, archives Bloomberg

Vancouver

La Belle Province connaît elle aussi un clivage entre ses centres urbains et ses régions rurales. Au Québec, le taux de meurtres dans les centres urbains a été de 1,02 par 100 000 habitants, contre 1,44 en région rurale.

PIRE AUX ÉTATS-UNIS

La situation canadienne est nettement moins aiguë qu'aux États-Unis, où le taux de meurtres est trois fois plus élevé. Le FBI a en effet recensé 16 470 homicides en 2016, soit 5,4 par 100 000 habitants.

Contrairement au Canada, la violence au sud de la frontière touche principalement les grandes villes, où le taux d'homicides est trois fois plus élevé que dans les régions rurales. Les 80 grands centres urbains du pays ont affiché un taux de 11,7 homicides par 100 000 habitants, contre 3,89 à l'extérieur de ceux-ci.

L'an dernier, Chicago a enregistré 650 meurtres, soit pratiquement autant que dans tout le Canada. La ville de 2,7 millions d'habitants recense en moyenne huit fusillades par jour. C'est nettement plus qu'à Toronto, où il y en a en moyenne une par jour.

C'est toutefois St. Louis, au Missouri, qui remporte le triste titre de capitale du meurtre aux États-Unis. La ville affiche un taux de 59 homicides par 100 000 habitants.

« PARMI LES PLUS SÉCURITAIRES DU MONDE »

La comparaison avec d'autres grandes villes du monde est également révélatrice. En excluant les pays en proie à un conflit armé, le Salvador (109 homicides par 100 000 habitants), le Honduras (64) et le Venezuela (57) figurent en tête de liste, selon les données de la Banque mondiale.

« Les villes canadiennes sont parmi les plus sécuritaires du monde », souligne Marc Ouimet. Dans d'autres grandes villes sur la planète, « les taux sont 10, 15 ou même 20 fois plus élevés ».

Le criminologue, qui étudie les tendances mondiales, explique cet écart par « l'efficacité du système de justice au Canada ». D'abord, une importante proportion des auteurs de meurtre se font arrêter. Ensuite, la majorité des crimes mènent à des condamnations devant les tribunaux, de sorte que les citoyens ont moins tendance à se faire justice eux-mêmes.