Ils posent du cuivre sur les toits, font la circulation sur la chaussée brûlante, voient parfois même leur appartement crouler - littéralement - sous l'humidité. Malgré la chaleur extrême, les Montréalais continuent de vivre et de travailler. Thermomètre et hygromètre en main, La Presse est allée hier à la rencontre de ceux qui ont bravé les éléments.

Mis à jour le 4 juill. 2018
Philippe Mercure LA PRESSE

Toit du théâtre Les 7 doigts › 43,1 °C, ressenti 47

François Gallant pointe un fusil à infrarouge sur une longue pièce de cuivre qu'il doit installer sur le toit du théâtre Les 7 doigts, sur le boulevard Saint-Laurent. Température affichée : 53 °C. « Quand le soleil frappe là-dedans... Ça fait plusieurs soleils à gérer en même temps », lance le ferblantier. Lunettes de soleil au visage, M. Gallant s'élève ensuite dans une nacelle à 25 mètres dans les airs pour installer la pièce. À ces hauteurs, il ne reste rien pour faire de l'ombre. « Juste le reflet peut faire fondre la membrane sur un mur. Il faut vérifier constamment les températures », dit-il. Là-haut, La Presse a mesuré une température ressentie de 47 degrés. François Gallant et collègue Gaétan Lavoie ont pris soin, la veille, de se faire des blocs de glace, qu'ils traînent dans des thermos pour toujours avoir une réserve d'eau froide sous la main.



Intersection Notre-Dame et Pie-IX › 44,4 °C, ressenti 48

Sur le trottoir, la température indique plus de 44 degrés. Pantalon noir et dossard sur le dos, la cadette Jade Beaurivage se tient en plein soleil pour diriger la circulation. Quand elle le peut, elle cherche l'ombre derrière la boîte métallique qui abrite les contrôles des feux de circulation. « On a des cadets satellites qui viennent nous relever quand on prend les pauses. En ce moment, je relève justement un collègue », dit la jeune femme, qui survit en enfilant les bouteilles d'eau.

Photo François Roy, La Presse

La cadette Jade Beaurivage fait la circulation en plein soleil.

Logement insalubre de Parc-Extension › 34,4 °C, ressenti 41

Dans le logement de Crysoula Skarperos, l'humidité a eu un effet aussi spectaculaire que dévastateur : depuis le week-end dernier, elle fait tomber le plâtre des murs et du plafond. Les éclats de plâtre couvrent le lit, le four de la cuisine, la salle de bains, laissant des trous béants par lesquels on voit le vieux bois. « Ça, c'est tombé hier, juste dans mon lit. Ça aurait pu me tuer », dit-elle en montrant une imposante plaque de plâtre qui a éclaté en plusieurs fragments. Sa salle de bains est désormais inutilisable. « J'ai peur, je dors sur le balcon. Et les insectes passent là-dedans, des coquerelles, des mites », dit-elle en pointant les trous. « Il y a un phénomène d'îlots de chaleur dans Parc-Extension. Et avec l'humidité des derniers jours, ça fait augmenter les problèmes de moisissures et de vermine », observe Frédérique Forget, du Comité d'action de Parc-Extension. Mme Forget épaule Mme Skarperos dans ses démarches et veut convaincre la Ville de déclarer son logement inhabitable.

Photo François Roy, La Presse

Dans le logement de Crysoula Skarperos, l'humidité fait tomber le plâtre des murs et du plafond.

Métro, ligne verte › 32,5 °C, ressenti 42

Mikhail Pomeliaiko était en congé, hier. Lorsque La Presse l'a rencontré, il prenait une pause entre deux trajets de métro, assis sur la fameuse « rondelle » de la station Berri-UQAM. Chapeau à larges bords sur la tête, il tenait une boisson énergisante d'une main et une bouteille d'eau dans l'autre. « Je me fais un petit trip touristique dans ma propre ville, explique le résidant de Saint-Henri. Oui, c'est chaud, mais ce n'est pas comme si j'allais m'évanouir ou si j'avais un coup de chaleur. » Sa prochaine destination : le Casino de Montréal. « Depuis 10 h ce matin que je marche et que je me promène en métro, nous a-t-il dit au coeur de l'après-midi. Là, je dois prendre une pause. » Dans une voiture de la ligne verte, La Presse a mesuré une température ressentie de 42.

Photo François Roy, La Presse

Mikhail Pomeliaiko prend une pause à la station Berri-UQAM entre deux trajets de métro.

Nettoyeur C.S.D, dans Rosemont › 37,8 °C, ressenti 42

« Si tu veux des hot-dogs steamés, mon ami, pas besoin de micro-ondes. Même chose pour les dumplings à la vapeur », lance Denis Labbé en actionnant une presse qui lance un jet de vapeur brûlante. Avec sa conjointe Christelle Matczak, M. Labbé exploite le nettoyeur C.S.D, dans Rosemont, à l'intersection des rues Dandurand et Lafond. Ils ont la chance d'avoir une grande porte de garage, à l'avant, qu'ils laissent complètement ouverte ces jours-ci. De puissants ventilateurs tentaient hier tant bien que mal de pousser l'air chargé d'humidité vers l'extérieur. « L'air climatisé, ça ne vaut pas la peine. Ça ne fournit pas. Aujourd'hui, on est chanceux, c'est une petite journée. Mais quand on a de grosses journées, des fois, on ferme les machines parce qu'on est juste plus capables », dit Mme Matczak.

Photo François Roy, La Presse

Christelle Matczak exploite le nettoyeur C.S.D. avec son conjoint Denis Labbé (absent de la photo).

Marché Jean-Talon › 41,9 °C, ressenti 46

Entre deux transports de caisses de fruits, William Perruzzini a aussi comme mission d'arroser les plantes de Chez Nino, au marché Jean-Talon, qui dépérissent rapidement sous une telle chaleur. Mais comme charité bien ordonnée commence par soi-même, il s'asperge aussi régulièrement lui-même d'une bonne douche. « Il faut attendre que l'eau soit bien froide, ça prend du temps », dit-il. « Pendant la journée, tu souffres, ajoute-t-il. Mais le soir, j'ai l'air climatisé chez moi, ça me remet d'aplomb. Le truc est de se garder mouillé. Et il arrive que le patron nous amène des petites gâteries comme des popsicles. »



Photo François Roy, La Presse

William Perruzini arrose des plantes de Chez Nino, au Marché Jean-Talon.

Trottoirs de La Petite-Patrie › 34,1 °C, ressenti 38

Transporter un chariot rempli de courrier, marcher, gravir les marches : les facteurs et factrices de Postes Canada en ont transpiré un coup, hier. « La chaleur, on fait avec, mais c'est tough. Au moins, on a le camion pour prendre des pauses climatisées », a dit Chantal Girouard, rencontrée dans Rosemont-La Petite-Patrie. Mme Girouard arpentait les trottoirs depuis 7 h 30, hier, et attendait avec impatience l'heure de la délivrance, prévue pour 15 h 30.

Photo François Roy, La Presse

«La chaleur, on fait avec, mais c'est tough. Au moins, on a le camion pour prendre des pauses climatisées», a dit Chantal Girouard.