La direction de Radio-Canada s'en défend, mais le président du conseil d'administration l'admet: la transformation de la maison de Radio-Canada (MRC) se fera en partenariat avec le secteur privé (PPP).

Publié le 29 mai 2014
Kathleen Lévesque LA PRESSE

«Le PPP va nous coûter moins cher que de rester dans les installations actuelles, qui ne répondent plus aux besoins de la société», a affirmé à La Presse Rémi Racine, président du conseil d'administration de Radio-Canada.

Selon les documents de mise à jour présentés en avril dernier aux administrateurs de la société d'État, que La Presse a obtenus, le recours au PPP se justifie par le fait que «la structure de financement de CBC/Radio-Canada rend l'acquisition peu souhaitable». «L'immobilier n'est pas une activité fondamentale de CBC/Radio-Canada», peut-on lire.

À la direction de Radio-Canada, on assure malgré tout que le projet qui consiste à construire un nouvel édifice pour la Société ainsi qu'à réaménager la tour et les immenses terrains de stationnement n'est pas un PPP. «Radio-Canada va être locataire et ne reprendra pas possession des installations à la fin du bail à long terme», soutient Hélène Forest-Allard, responsable des communications pour le projet de la MRC.

M. Racine affirme toutefois que Radio-Canada a bel et bien choisi de fonctionner en PPP. D'ailleurs, a-t-il souligné, l'agence fédérale PPP Canada a apporté son soutien dans le dossier, notent les documents transmis au conseil d'administration. PPP Canada affirme toutefois le contraire.

Quoi qu'il en soit, le déménagement de la MRC est retardé, notamment à cause de problèmes de financement. Radio-Canada estimait le coût du projet à 27 millions (seuil d'abordabilité), mais il semble que les deux consortiums pressentis fassent des calculs différents.

Selon Rémi Racine, les compressions du gouvernement Harper n'ont pas joué dans le report du projet (de 18 à 24 mois). «Ça n'a rien à voir. Les compressions du gouvernement remontent à deux, trois ans. Quant aux compressions actuelles, elles sont liées essentiellement à la perte de revenus publicitaires et à la perte de la diffusion des matchs de hockey», a précisé M. Racine.

Il croit tout de même que Radio-Canada aura de nouvelles infrastructures.

Le député du NPD, Pierre Nantel, porte-parole en matière de patrimoine, ne partage pas cet enthousiasme. S'il ne conteste pas la nécessité d'un lieu «mieux adapté» aux nouvelles technologies, notamment, il estime que le projet se fait «dans la panique et le tâtonnement». Le recours au PPP n'a rien pour le rassurer.

«L'acharnement du gouvernement Harper sur Radio-Canada fait en sorte qu'on se retrouve devant une «vente de feu» improvisée. Le silence qui entoure quelque chose d'aussi public que Radio-Canada, une icône du développement culturel francophone, est désolant», a déclaré M. Nantel.