Un nouveau groupe de 20 femmes répliquent à la lettre ouverte publiée par les Janettes hier: elles expriment leur «sincère déception» quant aux arguments développés mardi par Janette Bertrand et ses cosignataires.

Katia Gagnon LA PRESSE

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«Nous comprenons que le voile puisse apparaître comme un symbole de soumission aux yeux de certains; et il l'est effectivement dans certaines situations. Mais cela ne justifie en rien que l'on stigmatise l'ensemble des femmes qui choisissent de le porter, comme s'il s'agissait d'une subordination volontaire et honteuse.»

Les vingt femmes ajoutent que «qu'il est atterrant de constater le refus de certains à concevoir que l'émancipation féminine puisse bel et bien prendre plusieurs visages, y compris religieux.»

Parmi elles, on retrouve l'ex-chancelière de l'université McGill, Gretta Chambers, la chercheuse Eve-Lyne Couturier, la chroniqueuse Judith Lussier et la jeune Dalila Awada, qui avait affronté l'auteure Djemila Benhabib à l'émission Tout le monde en parle.

Selon elles, le parallèle dressé par Janette Bertrand entre la lutte pour le droit de vote des femmes et l'actuel débat sur la charte est «sérieusement inapproprié». Elles craignent que la charte des valeurs ne marginalise les femmes issues des communautés religieuses en les tenant à l'écart de la fonction publique.

Jointe par La Presse, Gretta Chambers se dit «inquiète» de la tournure du débat sur la charte. «Ça nous divise. On commence à s'accuser entre nous et c'est très triste. Des comparaisons pareilles, ça tourne toujours au négatif, dit-elle. C'est un débat divisif, exagéré.»

Pour elle, l'intégration des musulmanes voilées doit se faire petit à petit, sans brusquer les choses. «Ça prend trois générations pour intégrer un immigrant. Nous, on le fait souvent en deux générations. Mais si on commence à les bousculer, ça ne fonctionnera pas», dit-elle.

«C'est la société québécoise dans son ensemble qui va changer les valeurs de ces femmes. Leurs enfants vont fréquenter les garderies. Elles vont aller sur le marché du travail. Et les voiles vont tomber, un à un».

Le manifeste des «inclusives» a été lancé sous le grand chapeau du manifeste pour un Québec inclusif, publié dès le début du débat sur la charte. Le manifeste a été signé par de nombreuses personnalités telles Dan Bigras, Richard Desjardins, Philippe Falardeau. À la mi-octobre, il avait été signé par plus de 25 000 personnes.