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Abandon de l'aide psychologique aux réfugiés: «une régression incroyable»

Anne-Laure Jeanson
La Presse

Les psychothérapies proposées aux demandeurs d'asile ne seront plus remboursées par Ottawa à compter du 30 juin. C'est ce qu'a appris récemment un organisme montréalais venant en aide aux réfugiés ayant subi des traumatismes.

«C'est une régression sociale absolument incroyable», a déclaré la travailleuse sociale Marie-Hélène Paquin, au cours d'un entretien avec La Presse.

Mme Paquin, comme une vingtaine de thérapeutes spécialisés dans l'aide aux réfugiés, est membre du Réseau d'intervention auprès des personnes ayant subi la violence organisée (RIVO). L'annonce d'Ottawa sonne le glas de l'organisme de bienfaisance. La dernière journée de thérapie couverte sera donc vendredi prochain. «C'est un coup mortel porté à notre organisme. On ne peut faire autrement que de suspendre nos activités», a affirmé le coordonnateur, John Doherty.

Créé en 1993, le RIVO s'est développé il y a une dizaine d'années grâce au Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI), qui assure une couverture des soins de santé essentiels et de base aux demandeurs d'asile.

La psychothérapie était alors vue comme un complément à un suivi médical d'urgence pour les personnes récemment arrivées au Canada. En 2010, le RIVO a fourni des soins à 720 personnes, dont plus de la moitié étaient de nouveaux patients.

Le RIVO vise à permettre aux demandeurs d'asile traumatisés par la torture, les assassinats, les viols ou d'autres horreurs de la guerre de reconstruire leur vie et, ainsi, de bien fonctionner dans la société canadienne.

Population vulnérable

Selon les thérapeutes et les médecins interrogés, la suppression de cette prestation de la liste des soins essentiels aux demandeurs d'asile est catastrophique.

«Ne plus prendre en charge les soins thérapeutiques, c'est estimer qu'ils sont superflus», note la Dre Cécile Rousseau. Or, la première indication pour soigner des personnes qui souffrent du syndrome de stress post-traumatique, c'est la psychothérapie, poursuit la Dre Rousseau, qui est directrice de l'équipe de psychiatrie transculturelle à l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Le Dr Eric Jarvis, psychiatre et directeur du service de consultation culturel à l'Hôpital général juif, insiste sur le fait que les demandeurs d'asile constituent une population vulnérable, chez qui les symptômes sont très prononcés. «Par définition, ils viennent de pays où ils ont vécu des situations vraiment épouvantables, et c'est pourquoi ils cherchent un endroit pour être en sécurité.»

Selon la Dre Cécile Rousseau, ces problèmes sévères de santé mentale, s'ils ne sont pas traités, entraîneront des problèmes relatifs à la capacité d'adaptation et de travail de ces gens. «C'est un très mauvais calcul en matière de coûts pour la société. Sur tous les plans, c'est une décision désastreuse.»

Réforme du PFSI

La suppression du remboursement des frais de psychothérapie découle de la réforme du PFSI, annoncée par décret le 25 avril dernier.

Dès le 30 juin, Ottawa ne remboursera plus aucun médicament aux demandeurs d'asile, sauf en cas de risque pour la santé publique (maladies transmissibles) ou la sécurité des Canadiens. Les soins de la vue, les soins dentaires ainsi que les appareils d'aide à la mobilité seront aussi supprimés de la couverture.

En mai, huit associations canadiennes de professionnels de la santé ont dénoncé la réforme du PFSI dans une lettre commune adressée au ministre de l'Immigration, Jason Kenney. Elles demandent qu'elle soit abrogée, car elle constituerait un risque pour la santé des demandeurs d'asile, futurs citoyens canadiens.

Selon le gouvernement Harper, les demandeurs d'asile jouissent d'une meilleure couverture santé que les contribuables canadiens, et c'est pour cette raison qu'il veut la réformer. «Les psychothérapies pourront être remboursées à certains demandeurs d'asile, si elles sont données à l'hôpital», précise le relationniste de Citoyenneté et Immigration Canada, Rémi Larivière.

Selon le Dr Jarvis, les hôpitaux n'ont pas les compétences pour répondre aux besoins de cette population, et les listes d'attente sont très longues.

Avec cette réforme, le gouvernement Harper prévoit retrancher 100 millions de dollars en cinq ans au programme de santé des réfugiés, soit le quart du coût actuel.

«Une réforme contraire à l'éthique»

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) réagit fortement à cette réforme. «Priver de soins de santé les plus vulnérables, c'est contraire à l'éthique, c'est répréhensible, et ça va coûter encore plus cher aux Canadiens. Lorsque les maladies chroniques ne sont pas traitées et qu'on ne peut avoir accès à des soins préventifs, on aboutit aux urgences», affirme le député d'Ottawa-Centre, Paul Dewar.

La réforme du PFSI survient après le controversé projet de loi C-31, qui modifie le système de protection des réfugiés canadiens. En 2011, le Canada a reçu 24 981 demandes d'asile, selon la Commission de l'immigration et du statut de réfugié. Au total, 38% d'entre elles ont été acceptées.




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