Seul le tiers de l'assiette des Québécois est composé de produits des fermes du Québec, selon l'Union des producteurs agricoles (UPA). Cette proportion passe à 55% si on ajoute les aliments transformés ici, comme le jus d'orange Oasis, dont l'ingrédient principal est évidemment importé. Pourquoi mange-t-on si peu d'aliments québécois?

Marie Allard LA PRESSE

Nos cornichons viennent de l'Inde, notre miel de l'Argentine, nos fruits congelés du Chili. En 10 ans, les importations bioalimentaires du Québec ont augmenté de 86%, pour atteindre une valeur de 4,7 milliards en 2009. Pourquoi mange-t-on si peu d'aliments québécois?

«Le consommateur achète d'abord ce qu'il voit sur les étagères, en fonction du prix», a répondu Paul Boisvert, coordonnateur de la chaire de recherche sur l'obésité à l'Université Laval. C'est ainsi que l'ail de Chine -vendu très peu cher partout- a supplanté celui d'ici.

Pierre Corbeil, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ), veut que le consommateur trouve plus de produits du Québec en épicerie. «On a déjà commencé l'exercice avec (les campagnes) «Mettez le Québec dans votre assiette» et «Aliments du Québec: toujours le bon choix», a dit le ministre à La Presse. On peut compter sur la collaboration des grandes chaînes (pour promouvoir les Aliments du Québec). Maintenant, il va falloir aller plus loin encore.»

Il faut «véritablement informer» les Québécois sur les impacts de leurs choix, selon M. Corbeil. «Si chaque consommateur au Québec mettait 30$ de plus par année de produits québécois dans son panier d'épicerie, ça entraînerait 1 milliard de retombées au bout de cinq ans, a-t-il illustré. Ce n'est pas négligeable. C'est une affaire de fierté et d'identité, qui concerne l'activité économique de toutes les régions du Québec.»

75% des gens jugent important d'acheter des produits d'ici

Déjà, les campagnes de promotion commencent à porter leurs fruits. Plus de 75% des gens croient «qu'il est important d'acheter des produits alimentaires d'ici», car l'argent est investi dans notre économie, selon un sondage mené en 2010 pour le MAPAQ. Et 53% affirment «que leur attention envers la provenance des aliments a augmenté au cours de la dernière année», selon un sondage mené en 2011 pour le MAPAQ.

«Je pense qu'on est en train de vivre quelque chose d'historique, a dit Francine Rodier, de la chaire Bombardier de gestion de la marque de l'Université Sherbrooke. Je trouve qu'il y a une démarche collective très intéressante qui se fait. Les trois chaînes de supermarché qui embarquent dans la campagne Aliments du Québec, ce n'est pas rien!»

La part de marché d'un produit augmente de 2,8% quand il porte le logo Aliment du Québec, a évalué Mme Rodier en 2009. Cet argument économique convainc les gens: le nombre de produits certifiés par Aliments du Québec a triplé en trois ans, pour dépasser 12 500 à la mi-juin.

Le geste ne suit pas toujours la parole

«C'est sûr que la tendance à l'achat local est là, notamment pour des questions environnementales, a indiqué Marie Beaudry, directrice générale d'Aliments du Québec. Mais entre le dire et le faire, il y a parfois un décalage. Les gens se plaignent que c'est plus cher, quand c'est du Québec. Mais ce n'est pas toujours le cas. Le jus d'orange Oasis n'est pas plus cher que le Tropicana.»

«La règle de base est la suivante: à prix égal ou moins cher, toujours acheter québécois», a recommandé Paul Boisvert.

Mais quand l'aliment d'ici est plus dispendieux, que faire? Si le produit a une valeur affective (comme les fraises du Québec), une valeur nutritive ajoutée (comme les yogourts Liberté) ou une valeur distinctive (comme les tomates de serre Savoura), «la prise de décision du consommateur envers les produits québécois est facilitée, selon M. Boisvert. Mais est-ce que l'aide à l'innovation et à la transformation est adéquate?»

Les producteurs d'ici doivent mieux concevoir leurs produits et les mettre sur le marché plus efficacement, en soulignant leurs racines québécoises, selon les experts interrogés. «Si les produits ne sont pas bien identifiés, c'est difficile pour le consommateur de les trouver, a dit Marie Beaudry. Metro met le logo «Aliment du Québec» en noir et blanc, on ne le voit carrément pas. Il faut essayer, dans la mesure du possible, d'unifomiser notre approche.»

***

L'impact du logo «Aliment du Québec»

Ce sont 41% des transformateurs apposant les logos «Aliment du Québec» ou «Aliment préparé au Québec» qui ont constaté une augmentation de leurs ventes.

Source: MAPAQ

Pas de frites du Québec chez St-Hubert

Les rôtisseries St-Hubert servent du poulet québécois... mais des frites du Nouveau-Brunswick. «C'est déplorable», a dit Clément Lalancette, directeur général de la Fédération des producteurs de pommes de terre du Québec.

Les 15 millions de livres de frites par an vendues par les restaurants St-Hubert sont préparées par McCain, qui s'approvisionne dans la province voisine. C'est là que les variétés utilisées pour les frites «poussent le mieux», a expliqué Josée Vaillancourt, porte-parole de St-Hubert.

«C'est quand même canadien, a-t-elle fait valoir. On favorise les produits québécois et canadiens.»

Plus d'aliments d'ici qu'on ne le croit

«La liste des aliments québécois qui se retrouvent dans nos assiettes chaque jour est beaucoup plus longue qu'on peut le croire», dit Caroline Fraser, porte-parole du MAPAQ. Voici quelques exemples d'aliments produits au Québec: biscuits Whippet et Pattes d'ours, fromages Saputo, noix Krispy Kernels, pâtes fraîches O'Sole Mio, yogourts Danone, eau Eska, sauce VH.

Importations et exportations alimentaires du Québec

Importations internationales agricoles et bioalimentaires en 2009: 4,7 milliards. Hausse de 6,5% par rapport à l'année précédente et de 86% en 10 ans.

Exportations internationales agricoles et bioalimentaires en 2009: 4,4 milliards. Baisse de 9% par rapport à l'année précédente, hausse de 66% en 10 ans.

Sources: MAPAQ et Statistique Canada

Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Le logo «Aliment du Québec» est de plus en plus identifié en épicerie.