Multiplication des petits gains, rythme accéléré, exagération des sons de monnaie qui tombe en cascade: les fabricants d'appareils de loterie vidéo ont plus d'un tour dans leur sac pour piéger le cerveau des joueurs. Leurs stratagèmes sont peu à peu élucidés par les chercheurs.

Mathieu Perreault LA PRESSE

Une équipe britannique vient de découvrir l'un des mécanismes qui permettent de déjouer l'intelligence des joueurs. Des psychologues des universités de Nottingham et de Cambridge ont observé avec des scanners le cerveau de joueurs compulsifs et de personnes qui n'ont pas de problème de jeu, mais qui s'y adonnent au moins une fois par semaine. Chaque participant jouait à plusieurs jeux (courses, loterie vidéo) avec un taux de réussite relativement constant: 30 gains, 90 pertes et, détail crucial, 60 «quasi-gains». Ces quasi-gains (near miss) ne valaient aucun point, mais laissaient le participant sous l'impression qu'il avait failli gagner.

 

Les joueurs compulsifs se démarquaient nettement dans leurs réactions aux quasi-gains, selon l'étude britannique publiée en mai dans le Journal of Neuroscience. Leur cerveau était presque aussi stimulé que par les gains. Cela signifie qu'ils tiraient presque autant de plaisir qu'avec un gain réel, une caractéristique pour le moins problématique puisque seuls les vrais gains permettent de gagner de l'argent. Les joueurs compulsifs, en quelque sorte, se contentaient de l'impression d'avoir gagné sans avoir d'argent sonnant.

Une anthropologue du prestigieux Massachusetts Institute of Technology publiera à l'automne un livre où elle décrit les efforts neuropsychologiques des fabricants d'appareils de loterie vidéo. Addiction by Design, de Natasha Dow Schüll, est basé sur des dizaines d'entrevues avec des participants aux foires d'appareils de jeu de hasard. L'objectif, a-t-elle décrit dans un essai préliminaire, en 2005, est de maximiser le «temps machine», c'est-à-dire le temps passé à miser, mis à part tous les temps d'attente. L'arrivée des microprocesseurs a constitué une révolution à cet égard, tout comme l'utilisation des cartes de débit et de crédit - chaque manipulation de billet ou de monnaie est du temps perdu, du point de vue du fabricant.

«Le client peut laisser sa main près du bouton, il n'a jamais à la bouger», explique dans une vidéo promotionnelle un fabricant que cite Mme Schüll dans son essai.