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Une communauté en attente

(Kitcisakik, Abitibi) À première vue, c'est une cuisine comme une autre, avec des armoires en mélamine, une table, un comptoir. Sauf quand on veut laver le poêlon pour préparer le souper.

Il n'y a pas d'évier. Pas de robinet non plus. Pour faire la vaisselle, on fait chauffer l'eau sur la cuisinière au gaz. À la fin, on jette l'eau sale dans une chaudière placée dans une pièce à l'écart.

La nuit, quand les douches publiques sont fermées, cette chaudière sert aussi de toilette. Notre brassée d'eau de vaisselle se mélange à l'urine avec un gros «splash».

«C'est ça, notre bécosse», dit Evelyne Papatie, l'aînée de la famille qui nous offre le gîte. La jeune femme de 26 ans nous regarde avec un sourire gentiment moqueur : voilà ce que nous avons à offrir. Des conditions de camping, le froid en moins.

Détail scabreux ? Peut-être. Mais pour les 400 habitants de Kitcisakik, il fait partie du quotidien. Un quotidien qui paraît à peine imaginable dans le Québec du 21ème siècle.

«Oui, on aimerait que ça change, mais nous sommes habitués à vivre comme ça, on n'en parle pas tous les jours», proteste la jeune femme qui, comme beaucoup de ses voisins, répugne à se plaindre. «On s'organise, il y a toujours moyen de se laver avec une éponge», dit fièrement sa tante, Agnès Papatie.

Le village de Kitcisakik est situé en retrait de l'autoroute 117, à une heure de Val d'Or. Six kilomètres séparent le village de la grande route. Autant dire une distance de plusieurs décennies...

Mon beau sapin

La première chose qui frappe à Kitcisakik, c'est le bruit. Le village est établi au bord d'un lac, en pleine forêt d'épinettes. Mais au lieu du silence de la nature, on entend ici le ronron continu de la génératrice qui alimente quelques édifices publics, dont l'école et le bloc sanitaire.

Plusieurs familles possèdent une génératrice individuelle qu'elles débranchent la nuit, pour économiser l'essence. C'est assez pour éclairer les maisons et regarder la télé. Mais les interruptions de courant sont dures pour les réfrigérateurs. La majorité des gens n'en ont pas.

Marie-Hélène et Robert gardent leurs denrées périssables contre le mur, derrière une planche de contreplaqué. «C'est notre frigidaire», disent-ils à la blague. Le jus et le lait ont leur place à l'extérieur, sur le rebord de la fenêtre. Quand on les oublie, ils se transforment en blocs de glace.

Pour se chauffer, il y a le poêle à bois. La neige qui recouvre les conifères, la fumée qui s'échappe des cheminées et, dans quelques fenêtres, la lueur vacillante des bougies, créent un décor féérique. Sauf que derrière ces images de carte de Noël, la réalité est dure.

«J'en ai assez de marcher un demi-kilomètre pour me laver, assez de faire pipi dans une chaudière», ronchonne la maman d'un bambin de deux ans.

Et ce n'est pas qu'une question de confort. Il y a la santé. Le chauffage au bois est dur pour le système respiratoire, dit Martine Carrier, l'infirmière du village. «Dans les maisons, il fait trop chaud et il y a des moisissures. C'est très difficile pour les asthmatiques.»

Récemment, un bébé du village a dû être envoyé dans une autre communauté algonquine, la réserve de Lac-Simon. Il n'arrivait pas à respirer l'air de sa maison...

Mal préservés, les aliments causent des problèmes digestifs. «Les bébés font beaucoup de gastro-entérites, et sans eau courante, ce n'est pas facile de bien désinfecter». Il est tout aussi difficile de soigner les éruptions cutanées qui exigent des bains fréquents. Et puis, il y a les maux de dos qui surviennent à force de charrier les bûches et les bidons d'eau.

Tout ça à cinq heures de route de chez vous...




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