Accusé du meurtre non prémédité de son ex-copine, Jonathan Mahautière a martelé, lundi, qu'il n'avait plus de contrôle sur « son corps » au moment des faits, même si « son coeur et son esprit » ne souhaitaient pas faire de mal à Gabrielle Dufresne-Élie, alors âgée de 17 ans.

Pascal Milano LA PRESSE

Le drame s'est déroulé à l'intérieur du motel Chablis, le soir du 7 juin 2014. Au moment de quitter la chambre, Mahautière a voulu savoir ce qui poussait la jeune femme à rompre après deux ans et demi de fréquentations. Elle lui aurait alors répondu qu'il « devait régler ses problèmes personnels avant de penser à avoir un enfant avec elle », faisant ainsi référence à un avortement survenu quelques années plus tôt.

L'homme, aujourd'hui âgé de 22 ans, soutient avoir « sursauté » et « explosé » à l'écoute de cette phrase. Il a alors pensé à sa relation avec sa mère biologique - absente de sa vie depuis longtemps -, qui lui aurait déjà fait part de son regret de ne pas l'avoir « écrasé dans son ventre ».

« De la manière qu'elle a dit ça, je me suis senti rejeté. [...] Dans ces moments-là, y a plus rien qui marche dans ma tête, ce n'est plus moi. » - Jonathan Mahautière, s'adressant au jury à la fin de son interrogatoire, lundi matin, au palais de justice de Montréal

« Je n'ai jamais eu la pensée ou l'intention de faire ce qui est arrivé. [Gabrielle] était trop importante pour moi », a-t-il poursuivi.

Lors du contre-interrogatoire mené par Me Éric de Champlain, Mahautière a ajouté qu'il n'avait plus de souvenirs précis de la scène, comme s'il se sentait « passager plutôt que conducteur ». Il se rappelle cependant qu'il était par dessus la victime, qui lui a lancé un « bébé, j'arrête » au moment de l'acte. Après avoir tenté de contacter le 911, sans succès, depuis la chambre de l'hôtel, il a finalement joint un répartiteur depuis une cabine téléphonique. Selon les écoutes, il semblait plus inquiet de son propre sort que de l'état de la victime.

FLAMME PRESQUE ÉTEINTE

Si Mahautière a reconnu avoir causé la mort de la jeune femme, il soutient n'avoir jamais eu l'intention de la tuer. En se rendant à Montréal, cette journée-là, il espérait faire changer d'avis Gabrielle sur la viabilité de leur couple. Lors de différentes communications, par téléphone ou sur Facebook, elle lui avait pourtant indiqué qu'elle ne ressentait plus vraiment de papillons et que la flamme était presque éteinte.

L'après-midi du meurtre, les deux sont d'abord allés au cinéma avant de se rendre chez une thérapeute, où Gabrielle a rapidement indiqué qu'elle mettait fin à la relation. Lui, malgré les signes, ne voulait pas penser à une rupture. « C'était 50-50 dans ma tête. » Ils ont ensuite pris le chemin du motel Chablis afin de consommer une bouteille d'alcool apportée par Mahautière. Ce dernier, alors suspendu de son école, aurait aussi proposé d'étudier des mathématiques avant d'ouvrir la bouteille.

La journée de lundi a permis de dresser le portrait d'un jeune homme au parcours scolaire sinueux et à la prise de médicaments aléatoire malgré un diagnostic de trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). D'un ton monotone, le jeune homme a aussi décrit ses épisodes d'impulsivité et d'agressivité lorsqu'il se sentait provoqué. En prison, il a d'ailleurs eu maille à partir avec certains détenus, devant parfois être isolé des autres. Le contre-interrogatoire se poursuit ce matin.

Photo tirée de Facebook

Gabrielle Dufresne-Élie