Le crime s'est passé il y a 22 ans, mais les blessures sont toujours aussi vives.

Mis à jour le 18 mai 2018
Luc Boulanger LA PRESSE

Quatre ans après son arrestation en 2014, Luck Mervil revenait en cour pour une (avant) dernière fois, vendredi au palais de justice de Montréal. 

Il avait plaidé coupable lundi dernier pour exploitation sexuelle d'une adolescente de 17 ans, alors que celle-ci était la gardienne de ses enfants.

Le poids des mots comptait plus que tout dans son témoignage ainsi que celui de la victime du chanteur et animateur bien connu. 

D'un côté, une femme qui souffre et qui vit dans «la peur de représailles». De l'autre, un artiste «pacifiste» qui tente de laver sa réputation devant le tribunal.

«Sa chose»

La femme de 39 ans (dont l'identité fait l'objet d'une ordonnance de non publication) a raconté avoir été traumatisée d'avoir perdu sa virginité de cette façon, il y a 22 ans. «J'y ai laissé du coup mon estime de soi. J'avais l'impression d'être devenue sa chose», a-t-elle dit dans sa déclaration, parfois en pleurant. 

Après ce «premier viol», la victime a continué à fréquenter Luck Mervil. Or, elle affirme avoir vécu dans le déni durant 13 années. Il lui a fallu bien du temps avant d'oser raconter ce qu'elle a vécu. «J'avais honte et j'avais peur de faire du mal à d'autres personnes, à sa famille.»

Elle a relaté à la juge Mélanie Hébert de la Cour du Québec, plusieurs conséquences psychologiques et physiques qu'elle a subies. De dépression en dépression, sa vie est devenue «un cauchemar». Elle a fait une tentative de suicide en 2006. 

Les excuses de Luck Mervil 

Après avoir offert des «excuses sincères et profondes» à la victime et ses proches, Luck Mervil a souligné qu'au sein de la communauté haïtienne, les liens familiaux sont très forts et que tout le monde, sa famille comme celle de la victime, «souffre énormément». L'interprète s'est aussi excusé auprès de la population québécoise et des membres du milieu artistique québécois. 

Dans sa déclaration au tribunal, Mervil a répété cinq fois qu'il ne voulait pas «minimiser» la douleur de la victime. Toutefois, il considère que sa famille et lui paient des conséquences graves pour sa faute, surtout son fils de huit ans: «À la demande du directeur de son école, il doit être isolé de ses camarades dans un périmètre de sécurité», a dit le père de trois enfants. 

Peur de lire les journaux

«C'est quoi mon histoire?», a lancé, très émotif, l'artiste de 50 ans au tribunal, rappelant son implication dans les causes pour la paix et son travail humanitaire. «Je suis incapable de violence. Trouvez une personne sur la planète pour avancer le contraire. Pourtant, c'est le portrait qu'on fait de moi dans les médias depuis une semaine. «J'ai peur de lire ce qu'on va écrire sur moi demain dans les journaux.» 

Luck Mervil a conclu sa déclaration en cour en disant assumer être un personnage public... «Mais pas ma famille ni mon fils, qui subissent aussi les conséquences de mes actes.»

Six mois à domicile

Mervil va connaître sa peine pour le crime d'exploitation sexuelle mercredi prochain. Dans leurs plaidoiries, les procureurs des deux parties ont communément suggéré une peine de six mois avec sursis à purger dans la collectivité, dont trois mois à domicile et le reste avec un couvre-feu.