Le citoyen d'Outremont Pierre Lacerte a-t-il une «obsession maladive» concernant les faits et gestes de l'homme d'affaires hassidique Michael Rosenberg, ou exerce-t-il simplement son droit à la liberté d'expression pour dénoncer le «laxisme» des autorités municipales envers certains dirigeants hassidiques? C'est ce que la juge Claude Dallaire de la Cour supérieure aura à déterminer au terme d'un procès civil qui s'est ouvert lundi au palais de justice de Montréal.

Mis à jour le 15 janv. 2013
Catherine Handfield LA PRESSE

Pierre Lacerte «court après tout ce qui est juif ou orthodoxe», a résumé Michael Rosenberg. «Et parce que j'ai de l'influence ou qu'il pense que j'en ai, je suis son bouc émissaire.»

L'homme d'affaires de 58 ans, son fils Martin Rosenberg et un autre membre de la communauté, Alex Werzberger, réclament 375 000$ à Pierre Lacerte. Ils lui reprochent de les avoir diffamés, d'avoir porté atteinte à leur vie privée et de les avoir harcelés.

Des accomodements «déraisonnables»

Pierre Lacerte réside en face de la synagogue fréquentée par Michael Rosenberg, rue Hutchison. En 2007, il a remis un dossier au maire de l'arrondissement pour lui demander d'exclure Michael Rosenberg d'un comité consultatif auquel il siégeait, lui reprochant de nombreuses infractions aux règlements de stationnement. À la fin de 2007, Pierre Lacerte a ouvert un blogue sur les «accommodements déraisonnables» dans Outremont. Il y traite, entre autres, des travaux réalisés sans permis sur des synagogues.

Pierre Lacerte poursuit les trois membres de la communauté en retour pour 725 000$, une somme qui équivaut, selon lui, aux dommages et aux pertes financières qu'il a subis. M. Lacerte soutient que toute cette histoire l'a empêché d'obtenir au moins deux emplois.

Un blogue ravageur

La première journée du procès a été consacrée en grande partie au témoignage de Michael Rosenberg. Vêtu d'un complet noir, l'homme à la barbe blanche a parlé de l'impact présumé du blogue sur les affaires de sa société, Rosdev, l'un des plus grands promoteurs immobiliers privés du Québec.

«Lorsqu'on google mon nom, des écrits me dépeignent comme un homme qui ne respecte par les lois et qui vit dans un ghetto, a-t-il déploré. Si je voyais ça sur quelqu'un, je ne ferais pas affaire avec cette personne.»

Les articles de Pierre Lacerte ont également un impact sur sa famille et sa réputation, dit-il. «Nous marions nos enfants avec des gens et ils demandent qui sont-ils», a-t-il résumé.

Comme en témoignent les photos sur le blogue de Pierre Lacerte, Michael Rosenberg admet avoir déjà stationné sa voiture en double, rue Hutchison. Il soutient qu'il le faisait seulement lorsqu'il accompagnait son père malade à la synagogue. «Si j'avais une contravention, je la payais», a-t-il dit. Interrogé par son avocat, Me Julius Grey, Michael Rosenberg a souligné l'importance de respecter la loi dans sa religion.

En contre-interrogatoire, l'avocate de M. Lacerte, Me Rosalia Giarratano, a souligné que seulement 7% des quelque 300 articles publiés sur le blogue de son client portaient sur Michael Rosenberg. Elle lui a également dit que plusieurs articles reprenaient simplement le contenu d'autres articles ou de reportages.

En 2008, M. Rosenberg a porté plainte à la police pour harcèlement. Trois ans plus tard, la juge Manon Ouimet a refusé de rendre une ordonnance de garder la paix à Pierre Lacerte, en le décrivant comme un homme «excessif», mais non violent.

Le procès, qui doit durer quatre jours, reprend mardi matin.