Des bureaux de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ont été détruits par un incendie criminel à Kuujjuaq, dimanche soir, ce qui a semé une nouvelle vague d'inquiétude dans la capitale du Nunavik, trois mois après le meurtre d'une travailleuse de la santé.

Publié le 18 sept. 2018
Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Cette situation risque aussi de compliquer le travail de ces services, perpétuellement surchargés et en pénurie d'employés.

«Les membres sont certainement inquiets, déçus et tristes», a indiqué Paméla Roy, vice-présidente du syndicat qui représente notamment les employés de la DPJ à Kuujjuaq. «C'est certain que ce sont des événements inquiétants. Ce sont des événements rares et isolés, mais qui sont suffisamment graves pour créer du stress.»

Le même syndicat était déjà endeuillé par la mort de Chloé Labrie, jeune technicienne en laboratoire de Victoriaville tuée en juin dernier. Un résidant local, Randy Koneak, avait été rapidement arrêté et accusé de l'avoir assassinée.

Hier, Yoan Girard, de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN), a indiqué qu'on réfléchissait à la possibilité d'augmenter les mesures de sécurité après le violent incendie.

«On a bien entendu leurs préoccupations, a dit M. Girard. Le programme d'aide aux employés va être appelé sur les lieux pour faire un débriefing avec les employés touchés directement et indirectement.»

«C'est sûr que ça vient rajouter un stress supplémentaire», a dit Mme Roy.

Les employés dont les bureaux ont brûlé seront rapatriés dans des bureaux administratifs. «On va ajouter des mesures de sécurité pour s'assurer que les clients et les travailleurs puissent avoir un environnement sain et sécuritaire», a ajouté le directeur de la planification et de la programmation de la RRSSSN.

«Un incendie criminel»

«C'est définitivement un incendie criminel. On enquête présentement là-dessus», a indiqué le sergent Hugues Beaulieu, de la Sûreté du Québec (SQ), à qui l'enquête a été transférée. «On parle de plus de 2 millions de dollars de dommages.»

«Il n'y a pas eu d'arrestation encore, l'enquête se poursuit, a-t-il ajouté. C'est le service des enquêtes sur les crimes majeurs qui a pris charge du dossier.»

Selon nos informations, aucune menace spécifique n'avait été envoyée au service avant l'incendie, qui n'a pas fait de blessés. Aucun dossier n'aurait été perdu.

«Vous comprendrez que la DPJ étant ce qu'elle est, ce n'est pas nécessairement le service le plus apprécié de la population, mais [les gens] comprennent que c'est un service nécessaire et essentiel», explique Yoan Girard, de la RRSSSN.

La DPJ de Kuujjuaq coordonne le travail des employés de la DPJ dans les sept villages de l'est du Nunavik. Quelques dizaines d'employés y travaillent.

L'incendie a frappé un service qui n'avait pas besoin d'un problème supplémentaire : la DPJ du Grand Nord a un problème chronique de surcharge de travail, de roulement rapide de personnel et de recrutement difficile.

«Le recrutement est toujours un enjeu au Nunavik. Cette variable-là n'aide en rien cette problématique-là», a dit M. Girard. Les employés devraient recevoir de l'aide technique pour qu'ils puissent recommencer rapidement à travailler sur leurs dossiers, a-t-il ajouté.

M. Girard a indiqué qu'étant donné les conditions de construction dans le Grand Nord, la Régie régionale n'espérait pas pouvoir reconstruire avant un an ou deux.

«Ça prend du temps à construire un bâtiment ici. Le dernier bateau est déjà en route, a souligné Paméla Roy, du syndicat. C'est dommage parce qu'il nous manque déjà des locaux.»

Un fléau



Les incendies d'origine humaine sont un fléau dans le Grand Nord canadien. Les services incendie évaluaient, il y a quelques années, que 30% des incendies au Nunavik étaient déclenchés par des enfants - soit volontairement, soit accidentellement en jouant avec des allumettes ou un briquet -, rapportait l'hebdomadaire local Nunatsiaq News.