Deux mois seulement après avoir été libéré d'office en février 2016, l'ancien membre des Rouges Philistin Paul a enlevé le bracelet GPS qui permettait aux autorités carcérales de savoir où il se trouvait et a entamé une cavale qui a duré deux ans.

Mis à jour le 17 août 2018
Daniel Renaud LA PRESSE

C'est ce que l'on apprend dans une nouvelle décision de la Commission des libérations conditionnelles par laquelle les commissaires annoncent la révocation de la libération d'office de l'homme de 40 ans, et dont La Presse a obtenu copie.

Philistin Paul, alias Crazy, était considéré par la police à une certaine époque comme un membre du noyau dur des gangs de rue d'allégeance rouge de Montréal. En 2008, il a été la cible de coups de feu dans un café italien et s'est sauvé en passant à travers la vitrine, non sans se blesser accidentellement avec sa propre arme de poing.

Deux ans plus tard, il a ouvert le feu, sans le toucher, en direction d'un chef de gang devenu depuis travailleur de rue, Beauvoir Jean.

En remettant son pistolet à sa ceinture, Philistin Paul s'est de nouveau accidentellement tiré une balle, cette fois-ci dans une cuisse.

Il a été condamné à huit ans de pénitencier à la suite de cet événement et il a obtenu sa libération d'office en février 2016, après avoir purgé les deux tiers de sa peine. Fait à noter, à ce moment, les commissaires lui ont imposé la condition de ne pas mettre les pieds dans les secteurs Rivière-des-Prairies et Montréal-Nord.

Trop vieux à 40 ans

Dans la nouvelle décision de six pages rendue par la Commission des libérations conditionnelles le 3 août dernier, on apprend qu'à sa sortie du pénitencier, Paul a obtenu un emploi dans le pavage. Dès le 31 mars 2016, deux mois seulement après sa libération, il a commencé à manifester son intention de retirer son bracelet électronique, et trois jours plus tard, le Centre national de surveillance (CNS) a été informé d'une tentative d'altération de l'appareil. Lorsque les policiers ont retrouvé le bracelet, il n'encerclait plus la cheville de Philistin Paul et ce dernier avait disparu.

Ce n'est que deux ans plus tard, le 13 mars 2018, que le CNS a été informé que Philistin Paul avait été repéré en Alberta et soupçonné de vols de bijoux. Il a finalement été arrêté le 30 avril dernier en Ontario et renvoyé au pénitencier.

En entrevue avec les commissaires, Philistin Paul n'a pas raconté ce qu'il a fait durant sa cavale, mais a nié être retombé dans la criminalité. Il a toutefois tenu à savoir comment les policiers de l'Ontario l'avaient coincé.

Alors qu'il l'avait pourtant admis dans une précédente audience, Philistin Paul a nié être associé aux gangs de rue et a expliqué simplement être né dans un quartier où ils sont présents. Il a souligné le fait qu'il a 40 ans, « et qu'à cet âge, le temps des gangs de rue est révolu », peut-on lire textuellement dans la décision.

La peine actuelle de Philistin Paul se terminera durant l'été 2020. Toutefois, la décision laisse croire qu'il est en attente de procédures pour des affaires de vols de bijoux et de possession de biens criminellement obtenus en Alberta.

Pour joindre Daniel Renaud, composez 514 285-7000, poste 4918 écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.

PHILISTIN PAUL

• Originaire de Montréal-Nord

• Issu d'une famille de 14 enfants. Il a huit frères dont certains sont également liés aux gangs de rue.

• Ancien membre des Bad Boys, Blood Mafia Family et Bo-Gars.

• Au milieu des années 90, il s'est retrouvé au coeur d'une dispute sanglante avec un gang rival, les Crack Down Posse (CDP).

• En 1998, il a été arrêté avec d'autres membres des Rouges avant la Carifête car la police craignait des règlements de comptes. Une arme de calibre .12 tronçonnée a été saisie, mais il n'a pas été accusé.

• En 2009, il a été un sujet d'intérêt dans l'enquête sur une fusillade survenue près d'un café italien, le D-Lounge, fermé ensuite par la Régie des alcools.