Pierino Divito, 75 ans, condamné à 18 ans de prison en 1995 pour avoir orchestré l'une des plus importantes importations de cocaïne de l'histoire du Canada, ne pourra obtenir sa libération d'office le mois prochain, comme prévu, même si cela fait près de 20 ans qu'il croupit à l'ombre.

Mis à jour le 18 févr. 2013
Daniel Renaud LA PRESSE

En 2005, durant sa sentence, Divito a été extradé aux États-Unis pour purger une peine de sept ans pour trafic de cocaïne en Floride. Il a terminé cette dernière et est revenu au pays le 19 décembre dernier, mais a été immédiatement arrêté à son arrivée à l'aéroport PET et amené au Centre régional de réception de Sainte-Anne-des-Plaines où il est détenu depuis.

Les Services correctionnels canadiens ne considèrent pas le temps purgé par Divito aux États-Unis comme étant concurrent à la peine canadienne qui lui a été imposée en 1995. Par conséquent, la date de libération d'office de Divito a été repoussée de 20 mois, une situation inacceptable pour son avocat, Me Clemente Monterosso.

«C'est déplorable. Mon client se demande d'où vient cet acharnement à vouloir le détenir plus longtemps. Il est en prison depuis 1994. Cela fait 20 ans», dénonce l'avocat.

Me Monterosso déposera bientôt une requête en habeas corpus devant la Cour Supérieure pour faire libérer son client. Il déplore notamment que celui-ci ait été arrêté à l'aéroport et amené au pénitencier, sans mandat d'arrestation. Il affirme également qu'avant son extradition aux États-Unis, les dirigeants de l'établissement Leclerc avaient assuré Divito que sa sentence américaine serait comptabilisée avec sa peine canadienne. Me Monterosso fait aussi valoir que le juge américain qui a condamné Divito l'avait assuré que sa peine serait concurrente à celle qu'il purgeait au Canada et avait même recommandé qu'il purge celle-ci près des siens, au Canada.

Mais à deux reprises, le gouvernement canadien a refusé que Divito purge sa peine américaine au pays en raison de ses liens avec la mafia. Me Monterosso a d'ailleurs porté cette affaire jusqu'en Cour Suprême devant laquelle il sera justement entendu aujourd'hui, en compagnie de représentants d'organismes de défenses des droits de l'homme.

Proche des Calabrais

En 1994, Pierino Divito avait été arrêté en compagnie de son fils Michael au Nouveau-Brunswick, pour avoir tenté d'importer de Colombie, par bateau, 5420 kg de cocaïne évalués à 500 millions de dollars. Son fils a également été transféré aux États-Unis pour purger la même peine que son père pour trafic de 300 kilos de cocaïne en Floride. Il est revenu au pays durant les Fêtes et est maintenant un homme libre. Contrairement à ce qui a été écrit dans le passé, Pierino Divito est originaire de la région des Abruzzes en Italie, et non de la Sicile.

Dans les années 90, il était considéré le plus important trafiquant de drogue de la mafia montréalaise et un leader du clan Rizzuto. Mais en réalité, le septuagénaire, qui aurait déjà été proche des Cotroni, aurait eu davantage d'affinités avec les cellules calabraises de la mafia italienne de Montréal. Divito a déjà admis avoir participé à des importations avec Raynald Desjardins, actuellement accusé du meurtre de l'aspirant parrain Salvatore Montagna, et les Hells Angels.

L'homme, qui souffre de problèmes cardiaques, avait témoigné devant la Commission d'enquête sur le crime organisé (CECO) en 1976. Il a déjà été responsable ou copropriétaire de trois commerces de restauration à Montréal, dont un buffet dans l'arrondissement de Saint-Léonard.