Il aura fallu plus de deux ans et demi pour que l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) réduise ses délais d'enquête, augmente le nombre d'inspections professionnelles, retrouve la santé financière et voit ainsi la levée de la tutelle que lui avait imposée le gouvernement.

Mis à jour le 20 févr. 2019
KATHLEEN LÉVESQUE LA PRESSE

«C'est un changement de culture profond que nous avons opéré. On aurait pu se plaindre mais on s'est relevé les manches et cela a donné des résultats», s'est réjouie la présidente de l'OIQ, Kathy Baig.

La fin de la tutelle a été officialisée par un décret publié dans la Gazette officielle aujourd'hui. La ministre de la Justice Sonia LeBel, de qui relèvent les 46 ordres professionnels dont l'OIQ, dit avoir pris en considération «les progrès significatifs» au sein de l'Ordre. Elle s'est appuyée sur le rapport des tuteurs que lui a transmis l'Office des professions du Québec.

Les dossiers litigieux qui ont entraîné la mise sous tutelle de l'OIQ en juillet 2016 sont maintenant presque chose du passé. Il n'en reste plus que 14 qui ont plus de trois ans d'âge, souligne le rapport. Et si en 2016, chaque enquête durait en moyenne 39 mois, le délai n'était plus que de 11,8 mois l'automne dernier. Du coup, les tuteurs estiment qu'il s'agit d'une «performance exceptionnelle».

Le nouveau cadre financier de l'OIQ explique vraisemblablement la situation. Le gel des cotisations pendant 14 ans avait fragilisé l'OIQ qui avait peu de ressources pour notamment mener des enquêtes.

La cotisation annuelle est passée de 325 $ en 2016-2017 à 430 $ pour 2019-2020. Ainsi, le bureau du syndic a un budget de 6,8 millions cette année, comparativement à 1,4 million avant la tutelle.

Les changements touchent également l'accès à la profession par les ingénieurs formés à l'étranger. Le taux d'acceptation des demandes devrait passer de 58% à 75% dans les prochains mois, souligne-t-on.

Pour Mme Baig, il s'agit d'une illustration du redressement de l'Ordre sans faire «de nivellement par le bas». «On accompagne les ingénieurs formés à l'étranger. On leur donne plus d'outils pour s'intégrer. Tout ne se limite pas à passer un examen, deux fois par année.

Ils peuvent maintenant suivre une formation ou présenter un projet, par exemple», dit-elle.   L'OIQ souligne que 20% des nouvelles inscriptions annuelles proviennent d'ingénieurs formés à l'étranger.

Par ailleurs, l'OIQ a doublé le nombre d'inspections professionnelles réalisées annuellement. Il a également modifié son approche en affectant des ingénieurs spécialisés dans les secteurs jugés à risque, faisant ainsi davantage de prévention, estime Kathy Baig.

Malgré un portrait de la situation qui est à mille lieues du contexte de crises à répétition qu'a connues l'OIQ, la ministre de la Justice exige qu'un «rapport documentant l'évolution des indicateurs de performance du plan d'action» lui soit transmis dans un an.

De son côté, Kathy Baig se montre confiante. Elle pense déjà à souligner le 100e anniversaire de l'OIQ l'année prochaine. Un vaste plan de communication est prévu notamment pour valoriser et assurer le rayonnement de la profession d'ingénieur.