L’ambiance était lourde et marquée par l’inquiétude et la tristesse au lendemain du meurtre d’Alex Lévis Crevier, troisième victime innocente d’une série d’homicides

Publié le 5 août
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’était le locataire parfait. Il faisait comme partie de la famille. » La propriétaire du logement d’Alex Lévis Crevier, abattu pendant qu’il faisait de la planche à roulettes en soirée à Laval-des-Rapides mercredi, se souviendra longtemps du jeune homme et de sa joie de vivre. Mais avec les récents évènements de violence, sa famille et elle songent sérieusement à déménager.

« Je me rappelle encore sa réaction quand il a eu l’appartement ici. C’était comme si je lui avais dit qu’il avait gagné le million. Alex commençait sa vie. Il venait d’avoir un téléphone, une nouvelle job en construction. C’était quelqu’un de tellement gentil, de bien intentionné. C’était le locataire parfait. Il faisait comme partie de la famille », confie Solie Garneau en entrevue.

La mère de famille louait depuis quelques mois déjà un appartement à Alex Lévis Crevier, un jeune de 22 ans qui, en se rendant chez sa sœur qui habite tout près mercredi soir, a été abattu par balle. « Dès ce matin, j’avais comme un mauvais feeling. J’ai failli écrire à sa sœur. Je lui ai demandé par texto s’il était correct. Je n’avais pas de réponse. Je l’ai senti. Il répondait toujours à ses messages », confie Mme Garneau.

Elle dit envoyer beaucoup de force et de soutien aux proches du jeune défunt, « qui n’aurait jamais dû partir si tôt ». « C’était une personne avec un cœur gros de même. Je leur souhaite de l’amour. »

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Intérieur de l’appartement d’Alex Lévis Crevier

Dans l’appartement, tout est encore en ordre : le casque du jeune homme est posé là, des verres ici, comme s’il y était toujours. « Tout ça fait peur. Ça aurait pu être moi, ça aurait pu être n’importe qui. Mon amie reste à côté, et souvent je me promène le soir avec mon bébé parce qu’il ne peut pas dormir, raconte Mme Garneau. Il y a une école primaire à côté, le quartier est bourré d’enfants. »

Je ne me sens même plus en sécurité, je ne veux même plus vivre ici.

Solie Garneau, propriétaire du logement qu’habitait Alex Lévis Crevier

Son conjoint, Kevin Thales, ne trouve pas non plus les mots. Mais il espère que les choses changeront, et bientôt. « Ce sont les armes à feu, le problème, point. Ça prend un changement, une réforme, une forme de révolution. On n’a plus besoin d’armes dans nos sociétés, c’est juste inutile. Depuis que je suis petit, ça a toujours été ça, le problème », lance le natif de Montréal-Nord, qui dit avoir été témoin de plusieurs drames humains liés à la violence armée.

Par l’entremise des réseaux sociaux, les proches d’Alex Lévis Crevier ont également exprimé leur tristesse et leur choc, jeudi. « Notre bébé, je t’aime », a écrit son père, sous une photo publiée par sa mère, où proches et amis envoyaient leurs condoléances et leur soutien. « J’ai un deuil à vivre et mes enfants ont besoin de moi », a aussi écrit sa sœur, Roxanne, sur Instagram.

« Trois minutes plus tôt, c’était nous »

Dans le quartier, l’ambiance est lourde. Chaque passant que croise La Presse se fait la même réflexion : ça aurait pu être nous. « On comprend que c’est un cas isolé, mais ce n’est pas rassurant pour autant. Trois minutes plus tôt, c’était nous, on se serait fait descendre », confie Manuela Banfi, qui demeure à Laval-des-Rapides depuis 33 ans.

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Manuela Banfi et Pierre Prud’homme, des résidants du quartier

« En entendant les coups de feu, comme beaucoup de gens, j’ai pensé que c’était le crime organisé ou un règlement de comptes. Quand j’ai vu qu’on parlait de crimes au hasard, j’ai été surpris. C’est dur à prévenir, ce genre de crime. Et c’est totalement gratuit, surtout », lance de son côté Pierre Prud’homme.

Plus loin, à l’angle de la 1re Rue et du boulevard Clermont, là où le pire s’est produit pour le jeune homme, Michel a sorti son balai et du produit nettoyant. Il nettoie les traces de sang qui restent sur le trottoir. « Ça fait 15 ans que j’habite ici. C’est un quartier tranquille. On ne pense jamais à ça », lance-t-il. « Au début, on pensait que c’était des bruits de rénovation. Je suis même sorti sur la terrasse, innocemment, avant de comprendre », se remémore-t-il, le visage défait.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Un résidant nettoie le sang sur le trottoir où s’est produit le drame.

« Honnêtement, c’est vraiment nouveau dans ce quartier. On n’est vraiment pas habitués à ça. Il sortait juste pour faire du skateboard, c’est fou. Et c’est vraiment triste. Surtout, on sent que c’est juste le début. C’est ça qui nous effraie un peu », ajoute un autre jeune croisé dans la rue. Avec des amis, il compte offrir tout le soutien qu’il pourra aux proches d’Alex Lévis Crevier.

Ce dernier était la troisième victime de la série d’homicides survenue depuis mardi. Il se déplaçait en planche à roulettes lorsque le crime a été commis, en début de soirée, mercredi. Selon toute vraisemblance, comme les deux autres victimes d’ailleurs, il aurait été visé de manière totalement aléatoire.

Deux victimes mardi soir

André Fernand Lemieux

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE DAVID LEMIEUX

André Fernand Lemieux, père du boxeur David Lemieux, et son petit-fils

La première victime à avoir été tuée par balles mardi soir était André Fernand Lemieux, le père du boxeur québécois David Lemieux. La mort soudaine de l’homme de 64 ans a provoqué une onde de choc dans le monde de la boxe. Dans une publication Instagram, David Lemieux n’a pas eu besoin de beaucoup de mots pour exprimer sa tristesse : « R.I.P. dad », a-t-il écrit. Le message était accompagné d’une photo de son père tenant son fils, Xander, que Lemieux et sa compagne, la plongeuse Jennifer Abel, ont accueilli au printemps.

La Presse

Mohamed Salah Belhaj

PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DE RÉHAB IBRAHIM

Mohamed Salah Belhaj

La deuxième victime, Mohamed Salah Belhaj, était agent d’intervention de l’hôpital en santé mentale Albert-Prévost. L’homme de 48 ans a succombé à ses blessures après avoir été atteint par balle mardi soir. « C’était un collègue formidable et travaillant », dit Nadine Giasson, qui travaillait avec M. Salah Belhaj depuis des années. « C’est une perte immense pour moi et mes collègues. […] Je l’appréciais beaucoup. » Nombre de ses collègues avaient changé leur photo de profil sur Facebook jeudi pour une bannière où l’on peut lire « Pavillon Albert-Prévost (HSCM) Sans Mo », en référence au diminutif de la victime. Dans les commentaires, M. Salah Belhaj est décrit comme un homme gentil, agréable et drôle, un collègue attentionné et travaillant. M. Salah Belhaj laisse dans le deuil sa femme et deux enfants de 6 ans et 4 ans.

Frédérik-Xavier Duhamel, La Presse

Une tragédie en quatre temps

Celui qu’on soupçonne d’être l’auteur de trois meurtres en 24 heures dans la région de Montréal a été abattu par les policiers jeudi matin dans un motel de l’arrondissement de Saint-Laurent. Récit de cette tragédie en quatre temps.

Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Itinéraire qu’aurait emprunté le suspect

1er meurtre : 2 août, 21 h 45

Le père du boxeur David Lemieux, André Fernand Lemieux, 64 ans, est retrouvé non loin d’un abribus par les policiers vers 21 h 45 à l’angle des boulevards Jules-Poitras et Deguire, dans l’arrondissement de Saint-Laurent. L’homme, blessé par balle à la poitrine et à la tête, meurt sur place peu de temps après.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Abribus à l’angle des boulevards Jules-Poitras et Deguire, dans l’arrondissement de Saint-Laurent

2e meurtre : 2 août, 22 h 45

Une heure après la découverte de la première victime, les policiers sont appelés à se rendre rue Meilleur, non loin de l’intersection avec la rue Sauvé. Encore une fois, les agents trouvent un homme gisant sur le sol, blessé par balle. Il s’agit de Mohamed Salah Belhaj, agent d’intervention de l’hôpital en santé mentale Albert-Prévost âgé de 48 ans. Il succombe lui aussi à ses blessures sur les lieux peu de temps après.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Rue Meilleur, non loin de l’intersection avec la rue Sauvé

3e meurtre : 3 août, 21 h 30

Un jeune Lavallois de 22 ans, Alex Lévis Crevier, se déplace en planche à roulettes dans le quartier de Laval-des-Rapides, sur le boulevard Clermont, non loin de l’intersection avec la 1re Rue. Il est la cible de tirs, encore une fois par hasard, selon toute vraisemblance. Appelée à se rendre sur les lieux pour des coups de feu entendus, la police de la Ville de Laval trouve la victime gisant sur le sol, dans la rue. Une enquête est ouverte et l’hypothèse que ce meurtre soit lié aux deux autres survenus à quelques kilomètres de là, la veille, n’est pas exclue.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Un résidant nettoie les traces de sang sur le trottoir du boulevard Clermont, à Laval-des-Rapides.

Le suspect abattu : 4 août, 7 h

Les policiers repèrent au cours de la nuit de mercredi à jeudi un véhicule suspect – une Dodge Challenger blanche – loué par le suspect, dans le stationnement d’un motel situé sur le boulevard Marcel-Laurin. Le motel est entouré par un vaste périmètre policier depuis quelques heures quand, vers 7 h, des policiers du groupe tactique d’intervention du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) procèdent, semble-t-il, à sa perquisition. Sur place, ils feraient face à un homme en possession d’une arme à feu identifié plus tard comme Abdullah Shaikh. Des coups de feu sont alors tirés. Le suspect serait atteint par au moins un projectile et son décès est constaté sur place.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Policiers devant le motel situé sur le boulevard Marcel-Laurin où le suspect a été abattu

Avec Mayssa Ferah, La Presse