Après 19 ans en prison, le meurtrier Jean-Guy Lambert pourra bientôt goûter à la liberté. Au terme d’une journée de délibérations, le jury s’est entendu mercredi pour permettre à l’homme de 76 ans d’être admissible dès maintenant à la libération conditionnelle, sans attendre jusqu’en 2028. Cependant, le survivant de l’attentat craint toujours son bourreau.

Publié le 22 juin
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Le témoignage poignant de Jean-Guy Lambert, la semaine dernière, a visiblement convaincu les 12 jurés des réels progrès démontrés par le criminel pendant sa longue détention. « Laissez-moi une chance », avait supplié l’homme condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Jean-Guy Lambert s’était tourné vers un jury en vertu de la clause de la « dernière chance », une rare procédure permettant à un délinquant condamné à la prison à vie de devancer la date de sa libération conditionnelle. Depuis son abolition en 2011, cette disposition n’est accessible que pour les délinquants condamnés avant cette date.

« J’ai pas mené une bonne vie pantoute, mais je suis plus le même gars aujourd’hui. Il ne me reste pas grand temps à vivre encore, et je suis malade. Je veux passer le peu de temps avec ma fille », avait confié en pleurant Jean-Guy Lambert, à la barre des témoins. Le meurtrier a souffert de nombreux problèmes de santé dans les dernières années et a failli mourir de la COVID-19.

Pour la première fois, Jean-Guy Lambert a avoué avoir joué un rôle dans le meurtre de Robert Fattouch et dans la tentative de meurtre d’Elias Fattouch en mai 1997, à Montréal. « Je suis aussi coupable », a-t-il concédé, en se défendant d’être un « tueur ». Il avait été piégé par un délateur plusieurs années après le meurtre.

Ce jour-là, Jean-Guy Lambert était le chauffeur du tireur Roger Méthot. Il a ainsi accepté d’attendre le tueur à gages dans le véhicule de fuite, sachant que les frères Fattouch seraient attaqués. Jean-Guy Lambert a reçu 5000 $ pour ce contrat, selon sa version.

Les meurtres avaient été commandés par Bassel El Youssef, car l’un des frères Fattouch avait eu une aventure avec sa femme, selon la version policière. Notons que seul Jean-Guy Lambert a été accusé dans cette affaire. Selon un communiqué du SPVM, Bassel El Youssef est porté disparu depuis août 2000.

Laissé pour mort par le tireur, Elias Fattouch est resté des mois aux soins intensifs à la suite de l’attentat. Encore aujourd’hui, le survivant affirme craindre que Jean-Guy Lambert tente de se « débarrasser » de lui. Dans une lettre déposée en cour, il reproche au meurtrier d’avoir rendu sa vie « misérable » en tuant son frère et en tentant de le tuer.

« Tu m’as cassé, j’ai perdu mon frère. Mon cœur dans la douleur, physiquement dans la douleur, mentalement dans la douleur, et vous demandez la liberté ? Comme si rien ne s’était passé ? 25 ans, c’est comme hier. Tu as fait de ma vie comme un cauchemar. À chaque fois que je regarde le miroir, je me souviens de toi et Bassel El Youssef. Je vois les trous dans mon corps et mon visage. Avec votre balle de liberté », confie Elias Fattouch dans la lettre.

MKaterine Brabant et MClaude Berlinguette-Auger ont piloté le dossier pour le ministère public, alors que MSandra Brouillette a représenté M. Lambert.