C’est au tour du diocèse de Québec en entier de devoir répondre des agressions sexuelles présumément commises par des membres du clergé sous son autorité.

Publié le 20 mai
Pierre Saint-Arnaud La Presse Canadienne

La Cour supérieure a en effet donné le feu vert à une demande d’autorisation d’exercer une action collective contre le Diocèse pour des agressions sexuelles commises de 1940 à nos jours.

Jusqu’ici près de 90 présumées victimes, hommes et femmes, ont manifesté leur intention d’être partie prenante à cette action collective pilotée par le cabinet Arsenault, Dufresne, Wee, Avocats.

Les demandeurs sont représentés par Pierre Bolduc et Gaétan Bégin.

Victimes à 12 et 14 ans

Gaétan Bégin, aujourd’hui âgé de 82 ans, affirme avoir été agressé à de multiples reprises par le curé de la paroisse, Rosaire Giguère, à Saint-Ludger, en Estrie, à partir de 1954, alors qu’il était âgé de 14 ans, et ce, jusqu’à l’âge de 17 ans.

Ces agressions, qui prenaient la forme d’attouchements et de masturbations mutuelles, se sont produites au presbytère et dans une voiture.

Gaétan Bégin devait apprendre plus tard que ses trois frères disaient également avoir été agressés par le curé Giguère.

En 1960, Gaétan Bégin, son père et un ami de celui-ci s’étaient rendus au diocèse de Québec pour dénoncer ces agressions. L’abbé Giguère avait alors été placé « au repos », puis nommé curé de Saint-Benoît-Labre, en Beauce, dès 1961. Il a pris sa retraite en 1972 et est décédé en 1974 à l’âge de 73 ans.

Pierre Bolduc, âgé de 65 ans, allègue pour sa part que l’abbé Jean-Marie Bégin, curé de Robertsonville, une municipalité maintenant annexée à Thetford Mines, l’a agressé sexuellement une première fois en 1969, alors qu’il n’était âgé que de 12 ans.

Selon la demande d’action collective, l’enfant aurait été agressé une cinquantaine de fois durant la même année, au presbytère, à l’église, dans la voiture de l’abbé Bégin et au chalet de ce dernier à Saint-Joseph-de-Coleraine, dans Chaudière-Appalaches.

Ces agressions prenaient la forme d’attouchements, de masturbation mutuelle et de fellations.

L’abbé Bégin s’est pendu dans son chalet en 1986 à l’âge de 60 ans. Pierre Bolduc avait entrepris des démarches pour être entendu par le diocèse en 2010.

Des autorités complices

Dans les deux cas, les demandeurs reprochent notamment au diocèse d’avoir exercé une contrainte morale, religieuse et psychologique sur eux en les incitant à ne pas dénoncer les agressions sexuelles et d’avoir étouffé ces affaires.

Ils lui reprochent également de ne pas avoir sévi contre les prêtres, comme le prévoit le droit canon, tout en sachant qu’ils avaient agressé des enfants.

Les victimes disent avoir subi des séquelles importantes, notamment de l’anxiété, de la dépression, de la colère, une faible estime de soi, des dysfonctions sexuelles, une tentative de suicide dans un cas et une consommation abusive d’alcool et de drogue dans l’autre.

Ils réclament chacun 300 000 $ en dommages-intérêts, 150 000 $ en pertes pécuniaires et 150 000 $ en dommages punitifs, pour un total de 600 000 $.

Cette action collective est la première visant un diocèse au complet pour des agressions sexuelles commises par des membres du clergé. Le territoire du diocèse de Québec couvre la grande région de Québec, Chaudière-Appalaches, Charlevoix et la Beauce.

L’audition de la demande d’action collective a eu lieu le 5 avril au palais de justice de Québec. De nombreuses victimes provenant des quatre coins du Québec ont pu y assister par visioconférence.

Le diocèse de Québec s’était opposé à l’autorisation de l’action collective.

La décision permet donc au processus judiciaire de se mettre en branle à une date qui reste à être déterminée et se poursuivra jusqu’à conclusion, à moins qu’une entente hors cour n’intervienne d’ici là.