Des millions de dollars « gelés » aux États-Unis, un cancer fictif, un prétendu Hells Angel. « Telle une araignée qui tisse sa toile », Guy Lacombe a multiplié les mensonges pour arracher les économies d’une vie à deux victimes vulnérables. Le soi-disant agent d’artistes a écopé d’une sévère peine de 20 mois de prison.

Publié le 16 mai
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« Une longue peine d’incarcération s’impose. […] Il ne s’agit pas ici d’un seul geste posé pour frauder une victime. Il s’agit davantage de stratagème mis en place dans le but d’acquérir la confiance de ses victimes afin de pouvoir mieux les flouer », a tranché la juge Marie-Josée Di Lallo, le 22 avril dernier, au palais de justice de Montréal.

Guy Lacombe est un « beau parleur », résume la juge. Le genre d’escroc capable d’embobiner des personnes pourtant allumées grâce à ses habiles mensonges. Encore aujourd’hui, le prétendu « agent d’artistes » de 60 ans affirme, sans preuve, être sur le point de signer un contrat avec un artiste britannique pour une tournée californienne. Il se vante même d’avoir des « artistes dont tout le monde pourrait rêver ».

Maître du mensonge, Guy Lacombe était particulièrement convaincant pour rendre crédibles des récits pourtant loufoques. Quand les policiers ont invité sa première victime à les suivre au poste en 2015, l’intellectuel de 87 ans a refusé. Pourquoi ? Il ne pouvait quitter son appartement pour ne pas manquer le « camion rempli d’argent » qui viendrait le rembourser. Comme Guy Lacombe le lui avait dit.

Cet homme de lettres de renom, dont nous tairons l’identité en raison de sa vulnérabilité, a versé 100 000 $ à Guy Lacombe pendant deux ans. Il croyait alors dur comme fer venir en aide à un homme qui disait le considérer comme un père. À l’époque, Guy Lacombe louait un local dans un immeuble de sa victime.

Le fraudeur prétendait avoir été victime d’un vol d’identité aux États-Unis. Ses 660 000 $ étaient ainsi gelés. Plus tard, ce magot sera prétendument détenu par l’Autorité des marchés financiers.

Pour rapatrier cette somme fictive, Guy Lacombe réclamait des fonds pour payer divers frais administratifs ou d’avocats.

Mais les mensonges ne s’arrêtaient pas là. L’escroc inventait de nombreux prétextes pour arracher plus d’argent à sa victime. Ainsi, ses cartes de crédit étaient gelées, son argent comptant saisi par les policiers, son frère millionnaire l’aiderait bientôt, ses musiciens étaient retenus à la douane pour des spectacles au Métropolis qui lui rapporteraient 45 000 $.

Pour prouver ses dires, Guy Lacombe exhibait des preuves de placements, de faux courriels d’un « courtier », et même un faux contrat de fiducie d’un montant de plus de 3 millions de dollars. Le fraudeur a également remis à la victime des chèques d’avance de fonds de plus de 500 000 $, mais jamais encaissés.

Une victime dans la peur des Hells Angels

Au moment de l’arrestation de Guy Lacombe, sa deuxième victime s’apprêtait à se rendre chez le notaire pour vendre sa maison… à Guy Lacombe. Celui-ci avait exhibé un chèque de 400 000 $ pour prouver ses fonds et avait fourni le numéro de téléphone d’un prétendu notaire new-yorkais.

Pendant cinq mois, en 2019, Guy Lacombe a « su tisser sa toile » autour de cette femme nouvellement divorcée, lui faisant croire qu’il était amoureux d’elle. Pour lui soutirer ses 25 000 $, soit ses « économies d’une vie », l’escroc lui a fait croire qu’il détenait plus de 5 millions de dollars dans des banques américaines. Il prétendait détenir l’entreprise – fictive – Concert First inc. et détenir des contrats aux États-Unis avec des musiciens. En outre, il était « très crédible », soutient la juge.

Quand ils étaient sur le point de partir en voyage à Honolulu, l’accusé a même feint de recevoir un appel de l’hôpital l’informant qu’il souffrait d’un cancer.

Depuis, non seulement cette femme a dû faire appel à l’aide alimentaire de son village pour nourrir sa famille, mais elle vit aussi dans la honte et une peur permanente. C’est que Guy Lacombe lui a dit faire partie des Hells Angels et a même évoqué une visite nocturne d’un « chef de gang ».

« Partout où je vais, je ne me sens pas en sécurité. J’ai peur de gens. Que me réserve l’avenir sans argent ? », confie-t-elle dans une lettre déposée en cour.

Sa première victime, l’homme maintenant âgé de 92 ans, confie avoir perdu le goût de l’écriture, après avoir consacré sa vie à cet art. « Cela a créé un vide qui est toujours et sera toujours en moi », dit-il dans une lettre.

Pour réclamer une peine de 12 mois de détention, Guy Lacombe a affirmé être devenu « indispensable » auprès d’un jeune homme, en plus d’évoquer la « maladie grave » de son ex-conjointe. Il ajoute avoir terminé une thérapie pour sa dépendance à la drogue.

Or, une peine sévère est nécessaire pour refléter la « réprobation sociale » de tels crimes, selon la juge.

« Il est évident que pour une fraude pour laquelle le degré de responsabilité est si flagrant, où l’accusé a un rôle central, où il est l’instigateur, où il forge de faux documents pour berner ses victimes, où il prémédite son crime et il leur joue la comédie sur une assez longue période de temps, cela mérite une peine globale de 20 mois de détention », conclut-elle.

Guy Lacombe devra purger 11 mois de prison, compte tenu du temps passé en détention préventive. Il devra également verser plus de 100 000 $ à ses victimes.

MBianca Rossi a représenté le ministère public, alors que MOlivier Cusson a défendu l’accusé.