Une présumée victime de Richard Gauthier, accusé notamment d’agression sexuelle, a livré un bouleversant témoignage à la cour

Publié le 16 mars
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Un « rituel » de bain sauna, des nuits collés « en cuillère » et un massage érotique : l’entraîneur de patinage artistique Richard Gauthier aurait fait vivre un calvaire à l’un de ses jeunes élèves dans les années 1980. « Il m’enroulait, comme on enroule un amoureux. Je sentais son sexe sur mes fesses », a confié Clément* à la cour.

Le procès de Richard Gauthier s’est ouvert mardi au palais de justice de Montréal. L’homme de 60 ans est accusé de grossière indécence, d’agression sexuelle et d’attentat à la pudeur d’une personne de sexe masculin pour des gestes commis à l’égard d’un garçon alors âgé de 11 ans à 14 ans. Une ordonnance de la cour protège l’identité du plaignant.

Entraîneur de patinage artistique très réputé, Richard Gauthier a entraîné certains des meilleurs athlètes au pays sur la scène internationale. Il a d’ailleurs été intronisé au Temple de la renommée du patinage artistique canadien en 2017. Il a été suspendu par Patinage Canada dans la foulée des procédures judiciaires.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Richard Gauthier, en 2013

Richard Gauthier était dans la jeune vingtaine au début des années 1980 lorsqu’il a pris sous son aile Clément, un patineur de 11 ans. « Je l’aimais beaucoup, je l’admirais. On avait une relation assez spéciale. J’étais son chouchou », raconte Clément. Leur relation faisait d’ailleurs des jaloux chez les autres patineurs du club, se remémore-t-il. « J’allais souvent dormir chez lui », enchaîne le plaignant.

Mais ces nuits chez son entraîneur n’avaient rien d’agréable. Richard Gauthier avait un « rituel » de « bain sauna », raconte Clément. Il démarrait la douche pour embuer la salle de bains, puis l’entraîneur et son élève se lavaient mutuellement.

Il me demandait de le laver. Il me lavait le dos, les jambes et passait par les fesses. Moi, j’évitais ces endroits-là.

Le plaignant, à propos de Richard Gauthier

En contre-interrogatoire, Clément assure que ces douches communes étaient bien à caractère sexuel. « Laver les fesses de son élève de 13-14 ans, si c’est pas sexuel… », lâche-t-il.

Après la douche, Richard Gauthier se couchait nu « en cuillère » auprès du jeune adolescent, qui faisait alors des « nuits blanches ». « Il me disait : ‟Je t’aime, t’es comme mon petit frère.” Je sentais son sexe collé contre moi. Une fois, il se masturbait à côté de moi », confie-t-il.

Une nuit, Richard Gauthier est resté au chevet de son chien malade toute la nuit. « J’étais tellement heureux. Il ne m’avait pas touché de la nuit », se souvient le plaignant.

« J’étais complètement gelé »

Deux épisodes ont marqué Clément. Une fois, Richard Gauthier a entrepris un massage alors que les deux étaient nus. Une expérience traumatisante. « Il s’assoit par-dessus moi, me masse les jambes. Il effleure mes testicules. J’étais complètement gelé. J’avais tellement peur », raconte Clément.

Ensuite, l’entraîneur lui a demandé de le masser à son tour. « Je voyais son sexe. Ça me dégoûtait », dit-il. Un incident « clair comme de l’eau de roche » dans son esprit.

Dans la piscine intérieure de l’immeuble de Richard Gauthier, Clément se souvient de s’être masturbé, alors que son entraîneur le regardait. Tous les deux étaient nus dans la piscine. « Ça s’est produit, j’en suis certain », assure Clément en contre-interrogatoire. S’il a longtemps eu un « flou » à ce sujet, c’est qu’il a pris des années à « s’avouer » l’évènement.

Au milieu de l’adolescence, Clément a cessé de voir Richard Gauthier à l’extérieur des entraînements. « C’est une question de survie. J’ai payé le lendemain, il me punissait plus que les autres. Mais j’étais prêt à l’assumer », raconte-t-il.

Des « souvenirs très précis »

Clément a pris des décennies à réaliser que ces incidents n’étaient pas « normaux ». Quand il en a parlé pour la première fois, alors qu’il avait sombré dans une profonde dépression, ç’a été le déclenchement de « six ans d’enfer » à se remémorer les évènements, confie-t-il.

Mais porter plainte a été une « libération totale » pour Clément. « Ça faisait 10 ans que j’étais en dépression. Si je ne réussissais pas ma deuxième thérapie, je me disais : je vais mourir. C’était la seule chance de m’en sortir. Là, j’ai commencé à guérir, de dire que ce n’était pas de ma faute », témoigne-t-il.

Confronté par l’avocat de la défense, MGiuseppe Battista, en contre-interrogatoire, Clément a assuré avoir des « souvenirs très précis » des incidents à caractère sexuel. « On passe notre vie à dire : ça ne se peut pas, t’inventes tout. Les conséquences physiques et psychologiques sont là. Tu fais une thérapie et tu te dis : c’est arrivé », tranche-t-il.

Selon la défense, Clément est déjà resté pour dormir chez son entraîneur, mais jamais dans un contexte sexuel. Richard Gauthier n’aurait touché le plaignant qu’à une seule reprise, et seulement pour vérifier les « gargouillis » de son ventre, avance la défense. « C’est faux », selon le plaignant.

La procureure de la Couronne, MAmélie Rivard, a conclu sa preuve mardi. Richard Gauthier devrait témoigner jeudi devant la juge Josée Bélanger.

* Prénom fictif