Les membres des familles de trois hommes assassinés par Frédérick Silva ont livré des témoignages percutants, s’adressant directement à celui qu'on soupçonne d'être tueur à gages, dans le box des accusés, les yeux fixés sur lui.

Publié le 28 janvier
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Accusé d’une tentative de meurtre contre le mafieux Salvatore Scoppa en février 2017 et des meurtres d’Alessandro Vinci, Yvon Marchand et Sébastien Beauchamp en 2018, Frédérick Silva a mis fin à son procès en novembre dernier en reconnaissant la preuve présentée contre lui.

Jeudi, le juge Marc David, de la Cour supérieure, a déclaré Silva coupable de la tentative de meurtre et des trois meurtres.

L’homme de 41 ans sera donc automatiquement condamné à une peine à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans pour les trois homicides, mais la poursuite et la défense ont tout de même dû faire des plaidoiries sur la peine à lui imposer pour la tentative de meurtre visant Salvatore Scoppa.

C’est dans ce contexte que des membres des familles des trois hommes assassinés ont témoigné jeudi.

« Lorsque les balles ont traversé mon fils, vous m’avez assassinée en même temps. Comment un être humain, avec un cœur, peut-il assassiner un homme pour de l’argent ? Vous avez assassiné mon fils, un simple contrat parmi tant d’autres. Sous votre apparence humaine se cache un être ignoble, un véritable monstre », lui a lancé la mère de Sébastien Beauchamp, Marie Beauchamp, en le regardant dans les yeux.

« Dans ton milieu, tu devais te sentir au-dessus des autres. Est-ce que tu te prends pour Dieu ? Tu n’es pas Dieu. Je vais te dire ce que tu es, tu es un lâche », a renchéri Vincenzo Vinci, frère d’Alessandro, gérant sans histoire d’un commerce de location de voitures tué à Laval à l’automne 2018.

Vincenzo Vinci a tenu à préciser que son frère n’avait rien à voir avec le crime organisé, tandis que sa mère, Sara Reda, a exprimé toute sa douleur et sa tristesse.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

Alessandro Vinci

« Mon fils était une bonne personne, un homme travaillant qui avait un train de vie modeste. Le temps ne change rien, mais la mort change tout, surtout celle d’un enfant », a-t-elle dit.

« Depuis cet évènement, la peur de répondre à la porte lorsqu’on sonne me terrorise. Les bruits soudains me font sursauter et la possibilité de me faire agresser, peu importe où je me trouve, me hante quotidiennement », a déclaré, par écrit, Manon Pratt, ex-conjointe d’Yvon Marchand, abattu sur le pas de sa porte.

« Un meurtre raté »

Le procureur de la poursuite, MAntoine Piché, a demandé au juge une peine à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans pour la tentative de meurtre visant le mafieux Salvatore Scoppa survenue en février 2017 à la sortie d’un restaurant de Terrebonne. « Son intention était de le tuer. C’est un meurtre raté », a dit MPiché.

« Non seulement il n’a pas de remords d’avoir tenté de le tuer, mais il planifie l’assassiner deux ans plus tard », a ajouté le procureur en rappelant au juge David que quelques heures à peine avant d’être arrêté, le 22 février 2019, Silva interrogeait à distance une balise GPS qui se trouvait sous la Toyota Camry blindée noire de Salvatore Scoppa.

MPiché a parlé de « l’absence de remords, d’empathie, de considération pour la vie humaine et [du] mépris pour l’administration de la justice » affichés, selon lui, par Silva.

Il a souligné que le possible tueur à gages avait continué à commettre des meurtres « planifiés et préparés de sang-froid » alors qu’il se savait recherché pour un crime similaire.

« La gravité des infractions de M. Silva ne fait qu’augmenter et il n’a pas l’intention de s’amender », a plaidé MPiché.

« Le jour du meurtre d’Alessandro Vinci, il sait qu’il s’en va tuer quelqu’un. Il prend le métro comme quelqu’un qui va travailler. C’est M. Vinci qui découvre son fils et son appel au 911 est l’exemple du paroxysme de la souffrance.

« Je ne sais pas ce que Beauchamp lui a fait pour qu’il veuille le tuer à ce point-là, mais M. Silva a utilisé trois armes à feu à pleine capacité et touché quatre véhicules de civils », a soulevé le procureur, ajoutant n’avoir trouvé aucun facteur atténuant.

Pas de preuve de préméditation

Pour sa part, l’avocate de Silva, MDanièle Roy, a demandé une peine de 10 à 12 ans pour la tentative de meurtre visant Scoppa.

« Il n’y a pas de preuve que c’était un meurtre raté. Il n’y a pas de preuve de mobile et pas de preuve de préméditation », a répliqué la criminaliste.

« Mon client aura droit pour la première fois à la libération conditionnelle à l’âge de 63 ans, c’est un effet dissuasif », a-t-elle ajouté.

La poursuite a annoncé son intention de demander que les périodes d’admissibilité à la libération conditionnelle de 25 ans pour chacun des trois meurtres puissent être écoulées de façon consécutive et non concurrente.

Mais une telle cause (concernant la situation d’Alexandre Bissonnette, auteur de la tuerie de la Grande Mosquée de Québec) est actuellement devant la Cour suprême et le juge David est dans l’obligation pour le moment de condamner Silva à des périodes d’admissibilité concurrentes de 25 ans.

Le magistrat rendra sa décision sur la peine pour la tentative de meurtre visant Salvatore Scoppa le 22 février.

Frédérick Silva a décidé de reconnaître la probité de la preuve présentée contre lui sans plaider coupable, pour conserver son droit d’en appeler de décisions rendues par le juge David sur des requêtes avant son procès.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.