(Winnipeg) Les enquêteurs américains croient que la mort de quatre personnes, dont un bébé et un adolescent, dont les corps ont été retrouvés au Manitoba, près de la frontière américaine, est liée à une opération plus large de trafic d’êtres humains.

Mis à jour le 20 janvier
Kelly Geraldine Malone La Presse Canadienne

Le bureau du procureur des États-Unis pour le district du Minnesota a déclaré que Steve Shand, 47 ans, a été accusé de trafic d’êtres humains après la découverte des corps au Manitoba et de sept ressortissants indiens aux États-Unis.

Des documents judiciaires déposés mercredi à l’appui de l’arrestation de M. Shand allèguent que l’une des personnes a dépensé une somme d’argent importante pour venir au Canada avec un visa d’étudiant frauduleux.

« L’enquête sur la mort des quatre personnes au Canada est en cours, ainsi qu’une enquête sur une plus grande opération de trafic d’êtres humains dont (Steve) Shand est soupçonné de faire partie », a déclaré l’agent spécial des enquêtes de sécurité intérieure John Stanley, dans des documents judiciaires.

Selon les documents, un officier de la patrouille frontalière américaine dans le Dakota du Nord a intercepté mercredi une fourgonnette juste au sud de la frontière. M. Shand était au volant et des documents judiciaires allèguent qu’il se trouvait avec deux ressortissants indiens sans papiers.

À peu près au même moment, les documents indiquent que cinq autres personnes avaient été repérées par les forces de l’ordre dans la neige à proximité. Le groupe, également formé de ressortissants indiens, a déclaré aux officiers qu’ils marchaient depuis plus de 11 heures dans des conditions glaciales.

Une femme a cessé de respirer à plusieurs reprises alors qu’elle était transportée à l’hôpital. Les documents judiciaires indiquent qu’elle devra être amputée partiellement à une main. Un homme a également été hospitalisé pour des engelures, mais a ensuite obtenu son congé de l’hôpital.

L’un des hommes du groupe portait un sac à dos contenant des fournitures pour bébés. Des documents judiciaires indiquent qu’il a déclaré aux officiers que le sac appartenait à une famille qui s’était séparée du groupe dans la nuit.

Quatre corps ont été retrouvés mercredi au Manitoba près de la localité frontalière d’Emerson. Les policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) croient que les quatre personnes sont mortes de froid alors qu’elles tentaient de traverser la frontière entre les États-Unis et le Canada, par un temps polaire et un blizzard.

Selon le bureau du procureur américain, il s’agit d’une famille de quatre ressortissants indiens qui ont été subitement séparés de leur groupe qui traversait la frontière de façon irrégulière.

La GRC affirme que les autorités américaines l’ont d’abord informée qu’un petit groupe de personnes, distinct, était entré aux États-Unis dans les environs d’Emerson, au Manitoba.

Or, ce groupe avait en sa possession des articles pour bébé, alors qu’il n’y avait pas de bébé parmi eux. Les autorités ont alors soupçonné que d’autres personnes pouvaient être portées disparues derrière, a indiqué la GRC.

Trop froid pour des vêtements d’hiver

Les policiers canadiens ont alors fouillé le secteur mercredi et ils ont retrouvé les corps d’un homme et d’une femme adultes et d’un bébé, à une dizaine de mètres de la frontière. Le corps d’un adolescent a ensuite été retrouvé un peu plus loin.

La commissaire adjointe de la GRC Jane MacLatchy a indiqué jeudi en conférence de presse que les victimes portaient des vêtements chauds d’hiver, mais pas suffisants pour les sauver de ce froid intense.

« C’est une tragédie absolue et déchirante, a déclaré jeudi la commissaire MacLatchy. Nous sommes très préoccupés par le fait que cette tentative de passage ait pu être facilitée d’une manière ou d’une autre et que ces personnes, dont un nourrisson, aient été laissées à elles-mêmes au milieu d’un blizzard alors que la température oscillait autour de -35 °C avec le vent », a-t-elle souligné.

« Ces victimes ont dû faire face non seulement au froid, mais aussi à des champs sans fin, à de hauts bancs de neige et à l’obscurité totale. »

La GRC a précisé que les corps avaient été retrouvés du côté canadien de la frontière, à environ 10 km à l’est du poste frontalier d’Emerson. La recherche d’éventuels survivants ou d’autres victimes s’est poursuivie mercredi soir et les policiers continuaient jeudi de patrouiller dans ce secteur très enneigé, avec des motoneiges et des véhicules tout-terrain, a indiqué la GRC.

Des passages plus rares

Les passages frontaliers vers le Canada à pied avaient augmenté en 2016, à la suite de l’élection de Donald Trump. En décembre, deux hommes ont perdu des doigts à cause de graves engelures, après avoir été surpris dans un blizzard alors qu’ils marchaient des États-Unis vers le Manitoba. Quelques mois plus tard, une femme est morte d’hypothermie près de la frontière, côté américain.

En 2019, une femme enceinte qui traversait la frontière avait été secourue après s’être retrouvée coincée dans un banc de neige et avoir accouché.

Le préfet d’Emerson-Franklin, Dave Carlson, a déclaré que le nombre de personnes traversant la frontière en dehors du poste frontalier avait considérablement diminué ces dernières années. Il a été surpris d’apprendre jeudi les quatre décès.

Il a fait extrêmement froid ces derniers jours, a déclaré M. Carlson. Le secteur où les corps ont été retrouvés est suffisamment éloigné pour que les gens ne voient pas les lumières de la ville, a-t-il dit, et il serait facile de se désorienter.